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    Cannes 2009 - Un Certain Regard

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    Camille
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    Cannes 2009 - Un Certain Regard

    Message par Camille le Ven 12 Juin - 13:07

    Certainement l'une des sélections les plus intéressantes, avec la Quinzaine des Réalisateurs (voir prochain topic à ce sujet). Je vais faire une petite revue des films que j'ai pu voir dans cette catégorie, du dimanche au mercredi. La salle Debussy, dans laquelle était projetée les films, est spacieuse et luxueuse; le balcon est préférable pour avoir une meilleure vue; une petite montée des marches s'effectue pour y accéder (puisqu'elle se trouve dans le Palais des Festivals). Mais les films...

    Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love. Je n'ai pas vu son précédent film, Tout est pardonné, qui avait été salué par la critique. Mais celui-ci m'a beaucoup plus, en dépit qu'il s'agisse d'un film français. Peut-être parce que c'est une femme derrière la caméra (c'est un préjugé, sans doute), mais il y a une vrai tendresse - maternelle - et pour le sujet du film, c'est justifié: Le Père de mes enfants est une paraphrase pour dire: Le Père de mes films, leur producteur, Etienne de Balzan, producteur indépendant et proche de la jeune cinéaste, et qui s'est suicidé après la faillite de sa maison de production. Tout le film joue ainsi, comme un hommage, sur ce rapport entre art et filiation, et Mia Hansen-Love, dirigeant des comédiens pas forcément connus mais justes, livre un film émouvant et emprunt de reconnaissance, tantôt léger, tantôt grave, mais toujours fin.

    Irène, d'Alain Cavalier. Une expérience de cinéma, qui peut en dissuader plus d'un. C'est un documentaire, un journal intime. Déjà que je ne suis pas très coureur d'autobiographie, je sentais avec ce film l'écueil insupportable du narcissisme. Eh bien, point du tout. Ou de peu s'en faut. Car comme son titre l'indique, Irène n'est pas Alain Cavalier. Je dois toutefois avertir le lecteur qu'étant un fatigué, et le film tombant à l' heure de la sieste, j'ai eu du mal à suivre la première demie-heure durant laquelle je sombrais par moment dans un sommeil dont le rythme et la voix monotones d'Alain Cavalier ne parvenait pas à me sortir. Bref. Réalisateur apparemment connu et reconnu (auteur d'une certaine Thérèse sur la sainte éponyme), c'était un grand inconnu pour moi - aussi l'ai-je applaudi ppour suivre le mouvement de la salle.
    Mais le film: Alain Cavalier, bientôt soixante-dix ans, revient sur la tragique histoire d'amour qu'il a eu avec Irène, dans les années 70, et qui est morte dans un accident de voiture. Ce film à la première personne est un tombeau amoureux à cette femme tant aimée, à cette Eurydice perdue, à jamais perdue. Alain Cavalier filme l'absence en revenant dans les lieux où les deux amants se sont aimés et ont vécu: le vide, le silence, sa présence qui se manifeste par sa voix, quelques reflets, des ombres, mais surtout l'absence, l'absence cruelle et persistente de la belle que l'amour ne parvient pas à faire revivre, juste à imaginer. Mais nous, nous ne voyons rien. Emouvant plus l'on s'avance, conduits par la lecture des journaux intimes de l'époque et des photos, de la remémoration des souvenirs, le film trouve son acmé dans une scène sublime: le cinéaste est seul dans un château que lui a laissé un ami pour le week-end; seul, la nuit tombe et il arpente les couloirs et sa mémoire, caméra à la main, Orphée retournant dans le Royaume des Ombres à la recherche de son Eurydice. Un chant d'amour.

    Indepencia, Raya Martin. Un autre film philippin, très étrange, mais d'une réelle beauté. Tourné comme un film muet, en noir et blanc, avec cette lumière mouvante, ce cadre resseré, et ces saccades dans les mouvements des personnages, il n'en est pas moins ultra sonore et nous plonge dans une ambiance - celle de la jungle - dépaysante, exotique et pluri-sensorielle (la séquence de la tempête est de ce point de vue là remarquable). L'histoire: au début du XXème sicèle, les Américains approchent des Philippins, et une femme décide de quitter la ville et de s'installer dans la jungle avec son fils. Retour à la nature. Les années passent, le jeune homme recontre une femme, il se marie avec elle, elle tombe enceinte, la vieille meurt, l'enfant nait et grandit. Mais les Américains sont sur l'ile, et le paradis va bientôt disparaître. Peut-être un peu long, un rythme à tenir et qui ne sera pas au goût de chacun. La fin est un véritable tableau mouvant. C'est une tragédie et une expérience de cinéma d'une beauté indéniable qu'il ne faudrait louper sous aucune prétexte.

    Amintiri din epoca de aur (Contes de l'Age d'or). Un film roumain et un vrai coup de coeur. Film à sketchs (6 au total, réalisés pour certains par les auteurs du film sur l'avortement qui avait reçu un prix l'année dernière - vous m'excuserez, j'ai perdu le nom) d'environ deux heures et demie relatant des légendes urbains de la période communiste - qualifiée d'âge d'or - ce film connait une réelle progression, commençant par des petits contes légers et cocasses pour s'assombrir et finir sur des récits plus cruels et satiriques. On penses aux films à sketches italiens (comme Bocaccio 70), réunissant les talents de plusieurs cinéastes, et il y a indéniablement cet esprit latin, à la fois perçant et léger, dans celui-là. Les acteurs sont bons, les histoires touchantes et amusantes. On passe vraiment un bon moment et on ne voit pas le temps passer. Avec, évidemment, en filigrane, la condamnation des ravages du communisme dans ce pays que l'on sous-estime un peu trop.

    A suivre...
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    Camille
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    Re: Cannes 2009 - Un Certain Regard

    Message par Camille le Ven 12 Juin - 21:43

    ...suite et fin.

    Demain dès l'aube. Retour en France. Un film sans grande qualité. Mais pas un mauvais film pour autant. Denis Dercourt a deux atouts: ses acteurs et son sujet. Vincent Perez et Jérémie Rénier forment une fratrie très convaincante et aussi touchante que possible, chacun dans son registre.
    L'histoire, à présent: Un pianiste (Vincent Pérez) accepte de garder son frère (Jérémie Rénier) pendant que leur mère est hospitalisée pour un cancer - derrière, évidemment, se cachent d'autres fêlures. Ce frère est plutôt renfermé et vit sa passion pour Napoléon jusqu'au bout: il est membre d'un groupe de rôlistes reconstituant une compagnie de hussards napoléoniens. Progressivement, son frère aîné acceptent d'entrer dans le jeu, et celui-ci va avoir rapidement des conséquences dramatiques ; quand le jeu devient sérieux et quand le passé déborde sur le présent, quand le délire inonde la réalite.
    On y croit, même si l'ensemble à un regrettable aspect téléfilm - de haute tenue, néanmoins. Sans ses acteurs et son intrigue plutôt bien menée, on ne serait pas vraiment emporté. La fin peut paraître expéditive. Et le film a le fâcheux défaut de confondre jeu de rôle et reconstitution historique (nuance peut-être trop subtile pour le cinéaste et inutile par là), faisant passer du même coup tous les passionnées d'histoire qui s'adonnent à ce travail pratique pour des désaxés incapables de vivre en accord avec leur temps, vaguement des gamins qui perpétuent grandeur nature leur jeu de figurines... Donc un avis mitigé mais qui ne devrait pas décourager d'aller voir ce film qui repose avec succès sur ses deux têtes d'affiche - et réunir deux aussi bons acteurs que tout opposaient jusque là dans un même film est déjà un pari gagnant en soi.

    Nang Mai (la Nymphe) de Pan-Ek Ratanaruang. Un film thaïlandais d'une sensualité et d'une poésie sublimes. Huitième film de son cinéaste, c'est un ode à l'amour et à la nature. La séance n'a pas attiré beaucoup de mondes, mais le succès a été au rendez-vous pour le réalisateur et ses deux acteurs principaux (dont la Nymphe en question, très belle dryade qui a attiré tous les regards sur la scène avant et après le film).
    Il est amusant de voir l'aisance ou la gène des cinéaste invités à présenter leur film et à accueillir les questions (généralement rares voire inéxistantes); celui-ci était visiblement très mal à l'aise et intimidé - et on le comprend, pour sa première apparition - très honorante - à Cannes. Son humilité et son naturel se ressentent dans ce film qui, nous a-t-il dit dans sa présentation, raconte l'histoire d'amour entre un homme, une femme et un arbre. Chose à savoir pour bien comprendre le film: une légende thailandaise raconte que les arbres sont habités par des esprits féminins (nos fameuses dryades, d'où l'impropriété de la traduction du titre).
    L'histoire de la Nymphe est simple et relève du conte: un couple à la dérive se retrouve lors d'un séjour dans la forêt, où la présence mystérieuse d'une femme sortie on ne sait comment des bois réveillent les sens et les sentiments de chacun. Ne cherchez pas de cohérence, laissez-vous simplement emporter par la beauté et l'ambiance de la jungle dense et épaisse (qui rappelle par quelques côtés le traitement sonore d'Independencia) et la sensualité irrésistible et sublime des séquences amoureuses (version loft et bien moins torturée que les plans glauques d'Antichrist). La fin reste ouverte aux interprétations. Dans ce récit presque vaudevillesque (avec amant au passage), l'onirisme élève les souffrances et les errances affectives pour leur conférer un charme indicible. Que veut cet esprit féminin? est-il bon ou mauvais? Qu'importe! L'important, c'est la passion de l'homme pour la femme et leur accord avec la nature. Cet écologisme n'est pourtant pas lourd, seulement contemplatif de la beauté de la nature, et se ressent dans chaque plan, micro-caresse qui ramène la moiteur verte de la jungle aux élans passionnés de la chair. Et dès le premier plan, remarquable séquence où la caméra se déplace en glissant dans les bois, vous serez emportés dans cette poésie visuelle et sonore irrésistible; et vous aussi vous serez séduit par la douce langueur de la Nymphe.

      La date/heure actuelle est Jeu 21 Juin - 19:08