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    Antichrist - Lars Von Trier

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    Camille
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    Antichrist - Lars Von Trier

    Message par Camille le Mer 10 Juin - 16:31

    Personne n'ignore - ne serait-ce que le nom du film, le scandale qu'a provoqué the chauking mouvi of the ieure. Certes, Antichrist est choquant, et je vous déconseille, si vous êtes suffisamment insensibles pour ne pas être un tantinet mal à la sortie de ce film intense, d'enchaîner sur un vrai film d'horreur - plus, d'enchaîner sur un quelconque film.

    Antichrist ne laisse pas indifférent. Mais on ne pourra pas dire qu'on a aimé ni détesté, car de tels jugements ne tiennent pas pour qualifier ce qui, à mon sens, est véritablement une oeuvre. On peut se révolter contre le caractère morbide, sexuel, malsain, scandaleux de ce film, mais on ne peut lui nier des qualités plastiques et esthétiques évidentes. L'histoire, en elle-même, n'apparait pas choquante. Concentré sur ce couple endeuillé qui vit ainsi, dès le départ, enfermé dans sa solitude et sa souffrance, Antchrist pourra apparaître sacrément misogyne - et c'est le sentiment même qu'on peut avoir à la sortie: Lars von Trier a un problème avec les femmes. Mais une psychanalyse de l'auteur qui a joué la carte de la provocation à Cannes, trop conscient d'avoir posé une pierre à l'édifice cinématographique ('" Je suis le meilleur réalisateur du monde et c'est la main de Dieu"...), ne me semble pas très utile, voire même un peu réductrice.

    Alors oui, on a argué qu'il avait fait ce film en pleine dépression, et il est sûr, à le voir, que seul un esprit tourmenté et mal en lui-même pouvait produire avec une telle violence un condensé sinistre et inquiétant de douleur, de colère et de désespoir dans un labyrinthe obscur de symboles et de références occultes. Mais c'est trop riche, tant dans le fond que dans la forme, pour avoir été fait au pur hasard. Les ressources de l'inconscient sont parfois plus intéressantes et plus riches que celles de la raison. Lars von Trier s'est exprimé aveuglément mais passionnément aussi, et a structuré toute sa souffrance de telle sorte qu'il en ressort un film complexe, très découpé (un prologue, quatre chapitres et unu épilogue) et à la signification apparemment impossible à cerner, mais qui nécessite pour cela de sonder l'âme humaine. Un défi impossible.

    Cet Antichrist mélange psychologie et satanisme, horreur et poésie. La folie se mêle à la sorcellerie, l'amour à la haine, la violence à la luxure. La Nature est l'Eglise de Satan; la femme est mauvaise. Pas de bol pour Charlotte Gainsbourg qui découvre cela, c'est une femme elle-même! Sa thérapie: purifier sa nature et se venger d'être née femme et mère. Je ne m'étalerai pas sur les scènes sulfureuses. Elles ne constituent au final que quelques minutes dans le film et sont effectivement d'une violence et d'une complaisance exacerbée. Mais on ne saurait réduire ce fils du démon à ces quelques moments. Car il y a de la beauté dans le mal, et Lars von Trier le montre. Est-ce qu'il y a un espoir, à la fin? La sorcière est morte et brûlée (d'ailleurs, par certains moments, on se croit dans un préquelle ou une suite de Blair Witch), et les femmes, après la mort rédemptrice, reviennent auprès de l'homme survivant, Adam meurtri (pauvre Willem Defoe qui s'en prend tellement dans la gueule... et ailleurs - on se demande même comment il fait pour rester debout) et chassé du Paradis - de l'Eden.

    Cet enfant qui est mort et plombe de son absence inquiétante le film, prouve que quelque chose est mort chez l'auteur, et ce film en est le deuil. Le tombeau. Antichrist est un cerceuil dans lequel une femme se masturbe lubriquement entourée de quelques animaux au symbolisme ésotérique, perdue au milieu d'une forêt difforme et possédée par une puissance supérieure. Lars von Trier, penché au-dessus d'elle, jette quelques pelletés de terre et filme cette mort luxurieuse.

    On pourra dire ce qu'on voudra, mais pour tout ce qu'elle aura enduré, Charlotte Gainsbourg mérite son prix d'interprétation.

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