Poussière Temporelle

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    Il était 15h29 et tout était calme...

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    Yriel Korraheyn
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    Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 11:05

    1er essai :



    Tout était calme. Seuls les
    oiseaux gazouillants et le doux ronronnement qu’accompagne chaque
    après-midi ensoleillé venaient rompre le silence
    ambiant, alors que j’avançais lentement le long du sentier
    sablonneux. C’était une magnifique journée de
    printemps et la lumière baignait chaleureusement la vaste
    étendue d’herbe et les arbres en fleurs qui s’offraient à
    ma vue. Après un hiver particulièrement long et rude,
    c’était un véritable bonheur que de sentir la caresse
    de la brise printanière sur mon visage et les doux rayons du
    soleil sur ma peau. Le bruit étouffé d’une tondeuse
    à gazon résonnant à quelques centaines de mètres
    d’ici venait parfaire l’atmosphère de plénitude à
    laquelle je goûtais. Perdu dans mes pensées, je n’avais
    dans la tête aucune destination précise, animé
    par le seul désirer de faire quelques pas, seul, dans cette
    nature en fleur. L’environnement avait un effet apaisant et
    l’immense fardeau que je portais me paraissait soudain plus léger,
    les pensées sombres que je ressassais me semblaient moins
    présentes, et la douleur qui m’étreignait le poitrail
    se faisait moins ressentir. Mon esprit était toutefois loin
    d’être vide, pas même un tel jardin d’Eden n’ayant
    le pouvoir de me donner enfin la paix, et je ne pouvais m’empêcher
    de faire une nouvelle fois le point sur ma vie, mes actes, mes
    erreurs….bref, sur Moi. Tout arrivait, comme à l’ordinaire,
    de manière confuse : mes premières pensées,
    les plus tenaces, étaient pour Elle, bien sur, puis de
    nombreux doutes sur mon être et mon caractère unique
    m’étreignaient, suivis de suppositions plus ou moins noires
    quant à mon hypothétique avenir. Ensuite venaient
    immanquablement les hypothèses et les règles que je
    bâtissais sur mon entourage et l’Humanité en générale,
    distançant de peu les mises en parallèle de ma propre
    existence et de celle, qui me paraissait si différente, des
    Autres. De cette comparaison je tirais la conclusion que j’étais
    décidément un être étrange, puis son
    visage s’ancrait de nouveau dans ma tête, tenace, amenant
    avec lui la dernière pensée, la plus forte de toute :
    la mort, la mienne pour être précis. J’en étais
    arrivé à ce stade de mon cheminement intellectuel
    lorsque la nature qui m’entourait se rappela soudain à mon
    esprit. Je secouais brutalement la tête pour remettre un peu
    d’ordre dans mes pensées et balayait de nouveau la verdure
    ensoleillée du regard. Qu’il était stupide de se
    laisser absorber par ce type de pensée par une telle
    journée…J’entrepris de laisser mon esprit vide de tout
    raisonnement inutile et me concentrait uniquement sur ma marche,
    toujours tranquille, et le paysage qui m’entourait. Un oisillon se
    pause sur la branche d’un chêne juste à ma gauche et
    entama son gazouillement. J’esquissais un sourire en le regardant
    puis laissait mon regard s’attarder sur le gazon verdoyant qui
    commençait lentement à se recouvrir de boutons d’or.
    Tout était si calme…

    J’entendis la détonation
    environ une demi-seconde avant que la balle ne vienne me frapper
    l’arrière du crâne. Une douleur fulgurante passa comme
    un éclair dans ma tête et je plaquais immédiatement
    mes deux mains sur mes cheveux. Mes jambes devinrent soudain
    extrêmement faible et je tombais lentement à mon genoux
    tandis que je contemplais mes mains rouges d’un sang épais
    que je sentais encore couler le long de ma nuque. Qui était le
    tireur ? Je l’ignorais et, curieusement, je m’en
    contrefichais : sans doute un de ces imbéciles parmi
    tant d’autres qui jalousaient mon succès et ma réussite.
    Une jolie bande de crétins qui s’en tenaient à la
    partie immergée de l’iceberg, et qui étaient tous à
    des années lumières de s’imaginer que j’aurais tout
    donné pour être à leur place. Quand vous savez
    qu’il ne vous reste qu’une fraction de secondes à vivre,
    les idées s’enchaînent très vite dans votre
    esprit : il m’avait fallu à peine quelques instants
    pour trancher la question de l’identité du meurtrier, et
    tandis que ma vue se brouillait de plus en plus (l’herbe ne formait
    plus qu’un immense tapis vert extrêmement flou), des dizaines
    d’images commencèrent à défiler devant mes
    yeux. D’abord, je la vis Elle : ses cheveux blonds, son
    sourire chaleureux et malicieux à la fois, ses yeux noirs, son
    rire…je revis toutes les (rares) scènes que j’ai passé
    en sa compagnie, toutes les phrases(même les plus anodines)
    qu’elle m’a dite, puis les derniers mot que je lui ai dit alors
    que je la voyais pour la dernière fois…Je revois aussi tous
    mes petits succès, mes instants de « gloire »
    publique et de déchéance privée, puis les
    moments heureux, les fêtes, et tout le reste…Enfin je fais le
    point sur la question qui me taraude le plus : ai-je réussi
    à changer ? Suis-je parvenu à combattre l’inné
    par l’effort, le travail et l'action ? Mon bilan est en
    demi-teinte, puisque le regard que tous les autres portaient sur moi
    a changé…tous les autres, sauf Elle. Et, à vrai dire,
    c’était uniquement pour elle que j’avais voulu devenir
    Autre…Un cri perçant. Je vois une femme accourir vers moi.
    Je délire pendant une fraction de seconde avant de réaliser
    dans le flou que ses cheveux sont bruns. Elle se penche vers moi mais
    sa silhouette n’est déjà plus qu’une forme dont je
    suis incapable de distinguer les détails. Je vois d’autres
    personnes s’approcher mais leurs silhouettes sont de plus en plus
    floues. De toute manière, je ne pense même pas à
    eux : tous mes songes sont à présent dirigés
    vers la même personne. Son visage est la dernière image
    à se maintenir dans ma tête, puis tout devient noir.



    2e essai :





    J’ouvris lentement les yeux. Mes
    paupières battirent plusieurs fois avant que mes pupilles
    encore engourdies par le sommeil ne puissent y voir clair. La pièce
    était baignée par la lumière du soleil de ce
    mois de juillet : il devait déjà être 11h
    passée. Je restais quelques instants à fixer le plafond
    tout en étirant lentement mes bras, avant tourner la tête
    vers la gauche. Charlotte était encore endormie. Ses cheveux
    couleurs d’or formaient un enchevêtrement blond autour de son
    visage et la faisaient ressembler à un ange. Sa respiration
    était calme et régulière ; à en
    croire son sourire généreux, elle devait faire un rêve
    magnifique.

    J’avais visiblement un peu trop tiré
    sur la couverture durant mon sommeil, et ses épaules étaient
    dénudées. Je la recouvris délicatement de peur
    qu’elle ne prenne froid (quand on est amoureux, on ne réalise
    pas à quel point ce type de pensée peut être
    stupide en plein cœur de l’été), puis je me
    laissais retomber sur mon oreiller tout en continuant de la
    contempler d’un air bienveillant. Je pourrai rester des journées
    entières ainsi, à la regarder dormir. Mon petit ange…tu
    sembles tellement insouciante dans ses moments là…je te
    vois presque comme un bébé quand tu dors de cette
    manière…j’aime alors à me dire que tu es si faible,
    que tu as tant besoin que l’on te protège, que je te
    protège…et d’un autre côté, je sais
    parfaitement à quel point cette pensée est stupide :
    sous tes airs de petite fille toute gentille, tu as bien assez de
    caractère pour te passer d’une quelconque protection…c’est
    peut-être aussi pour cela que je t’aime tant. Fatalement, à
    force de la contempler ainsi, je finis par ressentir une sensation de
    chaleur dans le bas-ventre bien connue et plutôt agréable,
    et, n’y tenant plus, je me penchais doucement vers elle et déposait
    délicatement un baiser sur sa joue. C’est malin, j’allais
    la réveiller, à tous les coups….ho, et puis peu
    importe ! Il serait bientôt midi, il était tant
    qu’elle se lève, cette petite marmotte ! Ses sourcils
    se froncèrent légèrement tandis qu’elle
    commençait lentement à émerger du sommeil, puis
    elle étira lentement ses bras. Enfin, ses paupières
    battirent pendant une fraction de seconde, et elle ouvrit les yeux.
    Son regard vint immédiatement se poser sur moi. Elle sourit.
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    Yriel Korraheyn
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 11:05

    3e essai (c'est en fait le 2e chapitre d'un
    livre que j'ai commencé à écrire il y a quelques mois et que je
    continuerai quand j'aurai la motivation :s) :


    Bref, j’ai fini par être
    complètement perdu : j’avais le sentiment qu’aucun
    avenir heureux ne m’attendait, que mon existence ne serait qu’un
    long sentier gris et brumeux, dépourvu de tous les petits
    bonheurs dont doit être faite la vie de couple, ce bien qui
    peut sembler si commun aux autres mais dont je me sentais si distant…

    Un soir où j’étais
    particulièrement mal (on venait de m’annoncer que Charlotte
    avait un nouveau petit ami….) j’allais au lit complètement
    désespéré et, comme chaque fois dans ce genre de
    situation, m’endormis aussitôt. Je plongeai alors dans un
    rêve des plus étranges : j’étais un
    boxeur, tout chétif, malingre et beaucoup plus petit que je ne
    le suis en réalité, et je me tenais debout sur un ring
    face à un type colossal et bodybuildé au possible. Nous
    nous trouvions dans une immense salle, pleine à craquer de
    supporters qui voulait visiblement ma mort, hurlant à tue-tête
    des slogans tels que « achève le »,
    « éclate lui sa sale gueule »,
    etc…Naturellement, l’autre boxeur était bien plus fort que
    moi et le combat était à sens unique : j’étais
    incapable de parer ou d’esquiver le moindre de ses coups et il
    était en train de me laminer la tête et le ventre. Je
    sentais mon sang couler à flot sur mon visage et ma poitrine
    tandis que la foule continuait d’encourager le salopard qui
    continuait de s’en donner à cœur joie. Ca a durer une
    minute à ce rythme là, le boxeur enchaînant les
    droites et les gauches tandis que je ne ressentais même plus la
    douleur tant mon visage était réduit en charpie. Puis,
    un évènement improbable se produisit : je venais
    de me prendre un énième coup de poing dans la figure
    lorsque je perdis soudain tout contrôle sur mes membres,
    tombant au sol dans un bruit flasque. Je compris que j’étais
    sur le point de mourir et jetai un dernier regard à la foule
    déchaînée, m’attendant à ne plus rien
    entendre d’une seconde à l’autre, lorsque soudain tous mes
    sens furent rendus : je voyais à nouveau parfaitement, je
    sentais que mes muscles étaient de nouveau capables de me
    répondre et je me sentais de nouveau capable de me tenir
    debout. D’un bond, je me relevai pour faire de nouveau face à
    mon adversaire qui, croyant m’avoir déjà achevé,
    me fixa avec des yeux ronds. Mais alors, au lieu de tenter de le
    frapper à mon tour, je me sentis contraint d’ouvrir la
    bouche pour lui lancer une série de provocations :
    « alors, gros tas, qu’est ce que t’attends ?
    Vas-y frappe moi, t’as rien dans le ventre de toute manière… ».
    Le visage du boxeur se tordit en un rictus de colère et une
    tempête de coup s’abattit de nouveau sur mon visage. La
    douleur revint, plus présente que jamais, mais, de manière
    inexplicable, cela ne fit que me rendre encore plus goguenard et je
    continuai de me foutre ouvertement de lui : « quoi,
    c’est tout ? Même ma grand-mère frapperait plus
    fort que ça…. ». Sa colère devenait de
    plus en plus palpable, celle de la foule également : elle
    grondait tel un ouragan, s’époumonant pour encourager mon
    adversaire à me réduire en bouillie. Puis, brusquement,
    tout disparut et je me réveillai brutalement.

    Pffff, quel rêve idiot….Me
    dis-je tout en me massant douloureusement le crâne. Bizarre, je
    ne me souvenais pas avoir eu mal à la tête avant d’aller
    me coucher…j’ouvris lentement les yeux pour savoir combien de
    temps il me restait à dormir avant de me lever pour aller au
    lycée. Je restait perplexe : j’eu beau scruter les
    ténèbres autour de moi, les chiffres rouges de mon
    radio-réveil demeuraient introuvable. Encore une coupure de
    courant ? Tous des branleurs chez EDF….je me redressai pour
    attraper ma montre qui devait en toute logique se trouver sur ma
    table de chevet, et laisser échapper un cri de stupeur. Ce ne
    fut pas le duvet de mon matelas que je sentis sous la paume de mes
    mains, mais la froideur agressive d’une dalle en marbre. Je me
    relevais d’un bond et balayait les alentours du regard. Ou est ce
    que je me trouvai ??? Des ténèbres d’un noir de
    jais régnaient tout autour de moi et je ne pouvais absolument
    rien distinguer. J’entrepris de me relever en prenant appui avec
    mes mains sur le sol humide, lorsque soudain un rayon de clarté
    illumina les alentours. C’était la lune, à son 3e
    quartier, qui venait de surgir de derrière un nuage. Ainsi mes
    craintes se confirmaient : j’étais dehors, dans la rue,
    complètement peaumé, sans la moindre idée de
    l’endroit où je pouvais me trouver ni de la façon
    dont j’avais atterri ici. J’étais complètement
    abasourdi par l’enchaînement brutal des évènements
    et je n’arrivai plus à remettre de l’ordre dans mes
    pensées. La lumière offerte par le clair de lune me
    permit d’en savoir un peu plus sur les lieux : je me trouvais
    dans une petite ruelle aussi sombre qu’étroite, bordée
    par des murs épais et apparemment aussi vieux qu’Elizabeth
    II. Le sol était constitué d’un enchaînement de
    dalles en marbre et, derrière moi comme devant moi, la ruelle
    semblait se poursuivre de façon interminable. La lune disparut
    de nouveau derrière les nuages et tout redevint sombre.
    Brusquement, la fatigue dû à mon réveil difficile
    se dissipa et je commençais à paniquer pour de bon,
    comme on l’est d’ordinaire face à l’inconnu. Je criais
    d’une voix étranglée :

    « Hého ! Y a
    quelqu’un ??????? »

    Un silence de mort plana durant
    quelques secondes, puis un grognement sourd semblable à celui
    d’un ours qu’on vient de réveiller de son hibernation me
    répondit. A la fois soulagé par l’idée de
    pouvoir tomber sur quelqu’un à qui je pourrai demander des
    explications et effrayé par la perspective qu’il pourrait
    s’agir d’un type pas franchement coopératif (pour être
    capable de camper dans un endroit pareille au cœur de la nuit il ne
    fallait déjà pas être très clair dans sa
    tête), je m’avançais vers l’endroit d’où
    j’avais entendu la réponse, l’estomac noué.

    « Y a quelqu’un ? »

    Repris-je d’une voix que je voulais
    un peu plus assurée.

    Un second grognement se fit entendre,
    suivi d’un bruit de verre brisé à quelques mètres
    devant moi. Sans réfléchir, j’avançais à
    pas rapides dans cette direction, hâté d’en finir avec
    cette insupportable angoisse de l’inconnu. Je n’avais pas fait
    trois pas que mes jambes heurtèrent violemment quelque chose
    qui gisait sur le sol (on ne pouvait à présent plus
    rien discerner dans la pénombre ambiante) et je m’écroulais
    violemment sur les pavés, la tête la première. Je
    mis quelques secondes à reprendre mes esprits et entreprit de
    me redresser lentement, tout en passant une main sur ma lèvre
    et mon nez qui saignaient légèrement. Brusquement,
    j’entendis quelque chose bouger juste derrière moi, suivi
    d’une série d’insultes et de protestations prononcées
    d’une voix rauque et agressive. Je me retournai sur-le-champs et
    sentis la présence d’un homme à quelques centimètres
    de moi. Il faisait toujours aussi sombre et j’étais
    incapable de discerner ses traits et sa taille, mais quoiqu’il en
    soit je n’en menais pas large. A en croire sa voix il s’agissait
    visiblement d’un clochard complètement ivre qui m’en
    voulait à mort d’avoir troublé son sommeil…

    « Qu’est ce que c’est ? »

    Dit l’homme sur un ton qui tenait
    plus de l’ours qu’on venait de tirer de son hibernation que de
    l’être humain. Puis, brusquement, je sentis une paire de
    mains me saisir brutalement au cou et me plaquer violemment contre le
    mur qui se trouvait juste derrière moi. Le type m’étranglait
    à moitié et je me débattis violemment pour me
    dégager, mais il maintenait sa prise avec force et je ne
    parvins qu’à lui filer quelques coups de pied dans le vide.
    L’homme attendit patiemment que je cesse de me débattre,
    puis je sentis à l’odeur d’alcool à brûler
    qu’il approchait son visage du mien. Soudain, la lune jaillit de
    nouveau de derrière un nuage et je pu sans aucun mal discerner
    les traits de l’agresseur. Mon cœur manqua de s’arrêter de
    battre tandis que la stupeur me gagnait tout entier. C’était
    tout bonnement impossible. Je devais nager en plein délire.
    Peut-être bien que je ne m’étais tout simplement pas
    encore réveiller ? Mon esprit refusait tout bonnement de
    croire ce que mes yeux lui montraient. Ce visage, je l’avais vu des
    milliers de fois dans mon miroir. Même si il semblait plus âgé
    d’une trentaine d’années, je n’avais aucun mal à
    le reconnaître. Ce visage, c’était le mien.

    Comme si l’idée que j’étais
    en train de me faire étrangler par moi-même lui
    paraissait tout simplement trop folle pour être envisageable,
    mon corps semblait complètement paralysé et je ne
    parvenais plus à esquisser le moindre mouvement. Lorsque mon
    esprit se fut quelque peu remis du choc et que mes rouages
    recommencèrent à fonctionner, je réalisais que
    le type qui avait mon visage avec 30 ans de plus ne semblait pas du
    tout se rendre compte de la situation. Soit il était trop
    bourré, soit y avait longtemps qu’il ne s’était pas
    regardé dans un miroir, soit il s’agissait d’un pur
    produit de mon imagination, toujours est-il qu’il m’adressa la
    parole comme si de rien n’était.

    « Dit donc gamin, tu sais
    que le vieux Billy n’aime pas bien qu’on vienne l’emmerder
    quand il cuve son whisky ?? »

    Je tentais d’articuler :
    « Lâchez moi, vous m’étranglez »
    mais la façon dont il enserrait ma gorge m’empêcha de
    prononcer autre chose qu’une série de sons
    incompréhensibles. L’autre paru cependant comprendre et
    bafouilla quelques excuses avant de me laisser retomber au sol. Je
    pris le temps de reprendre mon souffle et me massais douloureusement
    la gorge avant de me redresser et de tenter de remettre un semblant
    d’ordre dans mon esprit. Ok, je venais de me réveiller dans
    une ruelle sombre en pleine nuit avec un type qui me ressemblait
    méchamment, à ceci près qu’il devait approcher
    de la cinquantaine, mais soit…pas de quoi paniquer pour autant.
    J’allais sans aucun doute me réveiller d’une minute à
    l’autre et je pourrais alors rire gaiement de ce mauvais rêve.
    La voie bourrue du clochard me tira subitement de mes pensées.

    « Hé, gamin, si tu me
    disais un peu ce que tu fiches ici à une heure pareille ??? »

    Visiblement, son agressivité
    semblait un peu retombée et il avait désormais envie de
    faire causette…

    Prenant le parti que l’incroyable
    ressemblance que ce type manifestait par rapport à moi n’était
    sans doute qu’une (incroyable, certes) coïncidence, je lui
    répondis sur un ton un peu plus ferme qu’auparavant.

    « Hum…je pourrais vous
    retourner la question. »

    « Moi ?? Mais je fais
    ce que je fais depuis que je suis à la rue mon p’tit gars :
    je cherche un coin pépère pour désaouler sans me
    faire chasser par les poulets…c’est la place des brebis galeuses
    dans mon genre, j’vois pas c’qu’y d’étonnant là
    dedans…mais c’est pas la place d’un jeune de ton âge, la
    rue, pour piquer un somme… »

    J’étais malheureusement bien
    incapable de lui fournir la moindre explication puisque je n’avais
    pas moi-même la moindre idée de ce que je foutais ici.
    Je décidais donc de répondre à sa question par
    une autre.

    « Depuis que vous êtes
    à la rue…combien de temps, exactement ? »

    « Boarf, y a en longtemps
    que j’ai cessé de compter les années, mais puisque ça
    t’intéresses…a ton âge, ma vie était déjà
    fichue toute manière…je crois bien qu’on peut dire que je
    suis à la rue depuis mes 20 ans… »

    Il s’empara d’une bouteille de jin
    qui traînait dans une poche de son pardessus et en vida la
    moitié d’une seule gorgée.

    « Héhé, ça
    m’arrive de me dire ça, aussi, quelque fois…. »

    Le clodo me jeta un regard mi-méfiant,
    mi-compatissant, puis vida ce qui restait de sa bouteille avant de
    l’envoyer se fracasser contre le mur de la ruelle.

    « Pffff…déprimes
    d’ado bourré d’hormones, rien de plus…j’en ai vu des
    dizaines, mon p’tit gars, des comme toi : un jour ça se
    lamente sur son sort en parlant de se suicider, le lendemain ça
    trouve l’existence trop belle et trop courte à la
    fois…crois-moi, mon expérience n’a rien en commun avec la
    tienne. Tu n’es qu’un gosse parmi tant d’autres. Moi, je ne
    l’ai jamais été. »

    Plus le type parlait, et plus j’avais
    l’impression de m’entendre penser dans mes moments de déprime.
    C’était une impression assez désagréable que
    de me dire que mon esprit bâtissait les mêmes
    raisonnements que celui d’un clochard alcoolique.

    « Vous êtes loin
    d’être la seule victime de la société
    moderne…les rues sont pleines de SDF exclus malgré eux du
    système et qui n’ont pas su s’y réintégrer… »

    Le type entra alors soudainement dans
    une colère noire et se mit à vociférer tout en
    pointant son index droit dans ma direction.

    To be continued

    ps
    : j'ai jamais fait lire ce que j'écrivais à perosnne, donc c'est
    surement assez nul, surtout comparé aux autres textes proposés.
    Désolé...
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    pilla
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par pilla le Jeu 3 Juil - 12:05

    j'aime beaucoup même si j'ai du mal à saisir l'ordre de ce que tu appelles tes 3 essais : chronologique ? aléatoire ? rien à voir ?

    quand bien même quelques fautes d'orthographes trainent ça et là (mais bon on en est tous là ^^) je trouve ton style fluide, facile à lire et le fond m'intéresse décidément beaucoup, et cette phrase notamment : "mes instants de "gloire" publique et de déchéance privée", je la trouve géniale autant dans son contexte (qui demeure assez flou ceci dit... mais peut-être en saurons-nous plus dans un prochain post !) que prise indépendamment.

    tout ça pour te dire enfin que ton "Désolé..." de la fin n'a pas lieu d'être ! plus encore : je compte sur toi pour retrouver la motivation d'écrire la suite !

    j'aimerais savoir : le personnage du 1er essai est-il le même que celui des 2 autres ?
    aussi quand j'ai vu la mention du lycée, je n'ai pu m'empêcher de me poser la question : quelle est la part d'autobiographique dans ce que tu as écrit ?
    ah oui : "bodybuildé"... je savais pas que ça existait !
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 20:04

    D'abord merci pour ce poste, il me fait énormément plaisir (je
    n'éxagere pas) : comme je te l'ai dit c'est la 1ère fois que je montre
    ce que j'écris à quelqu'un et avoir un premier avis positif est très
    encourageant =). Merci encore.

    pilla a écrit:j'aime beaucoup même si j'ai du mal à saisir l'ordre de ce que tu appelles tes 3 essais : chronologique ? aléatoire ? rien à voir ?

    Euh non là pour le coup je les ai numérotés ainsi tout à fait au hasard, la numérotation n'a aucune importance =)

    quand bien même quelques fautes d'orthographes trainent ça et là (mais bon on en est tous là ^^) je trouve ton style fluide, facile à lire

    Désolé pour l'ortographe, je sais que j'ai encore quelques problèmes à ce niveau là, pourtant je me relis mais je fais toujours des erreurs d'inatention :s. Merci pour le compliment sur le style Smile

    et le fond m'intéresse décidément beaucoup, et cette phrase notamment : "mes instants de "gloire" publique et de déchéance privée", je la trouve géniale autant dans son contexte (qui demeure assez flou ceci dit... mais peut-être en saurons-nous plus dans un prochain post !) que prise indépendamment.

    Là aussi je suis à la fois heureux et surpris que tu trouves le fond intéressant : comme ces écrits parlent essentiellement de moi j'avais justement peur que le lecteur les trouve trop éloignés de lui pour s'y intéresser :s. Je t'avoue que j'avais hésité sur la formulation de cette phrase mais visiblement j'ai eu tort ^^

    tout ça pour te dire enfin que ton "Désolé..." de la fin n'a pas lieu d'être ! plus encore : je compte sur toi pour retrouver la motivation d'écrire la suite !

    Je m'y met dés ce soir ^^. Mais les 2 1ers textes n'auront pas de suite (pas prévus pour).

    j'aimerais savoir : le personnage du 1er essai est-il le même que celui des 2 autres ?
    aussi quand j'ai vu la mention du lycée, je n'ai pu m'empêcher de me poser la question : quelle est la part d'autobiographique dans ce que tu as écrit ?
    ah oui : "bodybuildé"... je savais pas que ça existait !

    Les 2 personnages des premiers essais sont des "moi" fictifs. Le 3e est une fiction qui démarre sur un récit autobiographique. Quoiqu'il en soit je prête à ces personnages (qui n'en sont en fait pas vraiment) mes pensées, mes actions, etc...
    Euh bah maintenant que tu le dis je suis pas sur non plus pour bodybuildé mdr mais j'aime bien ce terme ^^
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Camille le Mer 16 Juil - 23:46

    Mêmes commentaires que Pilla, concernant la fluidité de ton style, qui rend la lecture agréable, prenante, notamment dans la troisième partie.

    Mais ce n'est pas seulement par ce que ton écriture semble être une pensée continue, à l'état pure, qu'elle est plaisante à lire et qu'on y entre facilement ( mêlant les réflexions métaphysiques, la poésie et les touches plus familières), mais c'est parce que les sujets que tu traites, les aléas de la mémoire et des sentiments qui sont effectivement universels, nous sont tous connus et qu'ils trouvent tous échos en nous, bien que différement et dans d'autres contextes.

    Contrairement à la précaution que tu prends et qui es toute à ton honneur, de te défendre de narcissisme en retranscrivant ces textes - ce qui touche chacun qui pars de ses expériences vécues pour écrire - tes textes vont au-delà, et je dois t'avouer une légère préférence pour le deuxième.

    Néanmoins, malgré quelques coquilles , je te conseillerai une mise en forme un peu moins massive, plus aérée, même si, je le répète, tes textes se lisent très facilement.

    Donc je me joins à Pilla pour t'encourager à continuer, et à nous livrer notamment la suite de ta troisième rêverie. Parce que plus que des essais, des récits, ce que tu écris relève bien d'une forme de poésie affranchie des frontières du journal intime et de la nouvelle. En jouant sur les temps, les souvenirs, les pensées et les illuminations, tu plonges, encore avec quelques maladresses mais avec l'aisance dans un poisson dans l'eau, dans les eaux de l'inconscient. Vivement la suite!
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Jeu 17 Juil - 11:02

    Merci à toi aussi ce que tu me dis me touche beaucoup et, je dois l'avouer, dépasse totalement mes ésperances ^^. Je n'ai pour l'instant pas pu continuer pour cause de départ en vacances décidé à la dernière minute mais maintenant je devrais pouvoir m'y mettre =)
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    Yriel Korraheyn
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 19:27

    La suite de mon texte est en cours, en attendant en voici un autre que j'ai rédigé :


    Berlin était en flammes. C'était
    désormais au tour du cœur de mon pays, que je chérissais
    tant, de saigner à n'en plus finir. Partout autour de moi, les
    cris et les hurlements déchirants se mêlaient sans
    discontinuer au vacarme des tirs d'artillerie et de mitrailleuse. La
    foule fuyait en tout sens, les berlinois cherchant à fuir un
    péril auquel ils n'échapperaient pas. Les alliés
    avaient dores et déjà encerclé la capitale et
    donné l'assaut aux banlieues proches. Les bombardements incessants
    réduisaient peu à peu la ville en cendre tandis que
    logements, bâtiments historiques et édifices religieux
    subissaient sans distinction le courroux de la Royal Air Force.





    Sans prêter aucune attention ni
    aux bombes qui pleuvaient, ni aux gens qui courraient en tout sens
    tout autour de moi, je courrais aussi vite que mes jambes me le
    permettaient à travers les rues de la ville dévastée.
    A l'heure actuelle, j'étais censé assurer les dernières
    défenses avec mon peloton, mais le chaos était tel
    que les ordres du Führer n'étaient nulle part suivis à
    la lettre, et mes hommes avaient de toute manière tous quitter
    ce monde. Étrangement, cela ne me faisait désormais
    plus aucun effet de voir cette Allemagne que j'avais tant aimé,
    chéri et admiré être ainsi dévastée
    : mon rêve allemand était terminé, j'avais cessé
    de ramener toute mon existence à ce pays et mes émotions
    d'autrefois avaient repris le dessus. Désormais, je n'aspirais
    plus qu'à une chose : la revoir Elle. M'assurer qu'elle allait
    bien. Lui dire adieu. Lui venir en aide, qui sait ? Quoiqu'il en
    soit, toutes mes pensées étaient orientées vers
    ce seul but : la retrouver. Je ne l'avais plus revu depuis le début
    de la guerre, j'en venais à me demander si elle avait pensé
    à moi ne serait-ce qu'une seule fois durant ces 6 années.
    J'avais toutefois le souvenir de l'adresse de son lieu de résidence,
    qui se situait à plusieurs kilomètres du centre de
    Berlin dans lequel je me trouvais actuellement. Je devais faire au
    plus vite : à chaque seconde qui passait, les alliés se
    rapprochaient, et je savais pertinemment qu'ils ne laisseraient sur
    leur passage que des hommes morts, des femmes violées et des
    enfants orphelins.






    « Heinrich ! Heinrich, aide
    moi, je t'en prie ! »

    Une voix de femme me tira brusquement
    de mes pensées et me fit stopper ma course du même coup.
    Je tournais la tête dans sa direction et la reconnut aussitôt.
    Même si, durant les quelques mois qui s'étaient écoulés
    depuis notre dernière entrevue, ses traits s'étaient
    amincis sous le coup de la peur et des privations, Léa n'avait
    rien perdu de son charme et de sa douceur, Je m'approchais d'elle et
    lui prit le visage entre mes mains pour essuyer les larmes qui
    coulaient abondamment sur ses joues. Elle me serra aussitôt
    dans ses bras et colla son visage contre ma poitrine en sanglotant :





    « Heinrich, ils vont tous
    nous tuer...que ce soit les russes ou les américains, ils
    n'ont aucune pitié pour les civils, et encore moins pour les
    militaires...»

    Elle releva vers moi un visage
    suppliant et baigné de larmes.

    « Ne t'inquiètes pas...tu
    vas t'en sortir, on va s'en sortir, je te le promet.

    « Mais comment ? Toute la ville
    est encerclée... »

    « J'ai ma petite idée pour
    s'en sortir, essaye de regrouper le maximum de personnes auxquelles
    tu tiens et retrouve moi près de l'ancien Reichstag dans une
    vingtaine de minutes. »

    « Comment ? Tu ne viens pas avec
    moi ?» dit-elle sur un ton implorant,

    « Non, pas encore, il me
    reste une dernière chose à régler ici, ensuite
    on pourra s'enfuir, fait-moi confiance. »

    « T...tu veux essayer de la
    retrouver ? »

    Je ne répondis pas. C'était
    inutile. Ses larmes cessèrent soudain de couler et sa voix
    monta d'un ton sous l'effet de la colère,

    « T'es complètement
    dingue !! Tu ne sais même pas si elle est toujours en vie ! Je
    n'ai plus eu de nouvelles d'elle depuis qu'ils sont aux portes de
    Berlin... »

    « Raison de plus pour que
    j'y aille. »

    « Est-ce que tu t'imagines
    ne serait-ce qu'une seule seconde qu'elle ferait la même chose
    pour toi ? »

    Une fois de plus, je m'abstins de
    répondre. Elle poussa un profond soupire et me lança un
    regard ou se lisaient à la fois la pitié et la
    compassion. Nous restâmes ainsi quelques instants, puis je
    décidais de rompre ce silence gênant en changeant de
    sujet.

    « Au fait...Franz n'est pas
    avec toi ? »

    Elle eut un hoquet douloureux et
    s'arrêta quelques secondes avant de reprendre.

    « Il est mort...dans les
    Ardennes...quelques jours après notre dernière
    entrevue. »

    Elle étouffa un sanglot, et je
    vis qu'elle se retenait de ne pas fondre en larme.

    « Ho...je suis navré,
    je... je l'ignorais complètement... »

    Elle fit un geste négligent de
    la main qui signifiait « ne t'en fais pas ».

    « Bon... si je veux avoir
    une chance de la retrouver, il faut que je parte, tout de suite... je
    te retrouve au Reichstag. Attend moi là-bas. »






    Je tournais ensuite les talons et
    partit en courant dans la direction opposé, sans un regard un
    arrière, mon Karabiner 98k fermement serré dans ma main
    droite. Je sentis ses yeux braqués sur ma nuque jusqu'à
    ce que je sois en dehors de mon champs de vision. Je courus comme si
    le diable était à mes trousses pendant près de
    trois kilomètres, et au fur et à mesure que je me
    rapprochais des lignes alliées et de la demeure de celle que
    j'aimais, les bâtiments ressemblaient de plus en plus à
    des tas de ruine, et les cadavres jonchant les rues se faisaient plus
    nombreux que les vivant les arpentant, jusqu'à ce que je
    finisse par me retrouver quasiment seul.

    Malgré le chaos qui régnait,
    je reconnaissais les lieux sans trop de peine : il ne me restait plus
    que 500 mètres environ à parcourir et je serai arrivé
    à destination.






    « Herr Unterschturmführer
    !!!!! »

    Une voix tonitruante me fit stopper
    brutalement ma course, furieux : je ne pouvais me permettre de perdre
    encore du temps...

    Un officier de la SS, dans un uniforme
    impeccable, jaillit d'un bâtiment en ruine qui se situait sur
    ma gauche et m'apostropha en hurlant comme un possédé,
    les veines de son cou se tendant comme des cordes à piano.

    « Herr Unterschturmführer,
    pourquoi diable n'êtes vous pas à votre poste ????
    Toutes les unités sont réquisitionnées pour
    défendre le centre de la ville et le bunker ou réside
    notre Führer ! Cette zone-ci a été évacuée
    ! »

    « Dans ce cas, que faites
    vous ici, Herr Öberschturmführer ? Pensez-vous pouvoir
    stopper l'avancée des judéo-bolcheviques à vous
    tout seul ? »

    L'Öberschturmführer me
    regarda avec des yeux de merlan frit, comme si je venais de lui
    annoncer que j'étais le grand schtroumpf en visite à
    Tombouctou. Il n'était visiblement pas habitué à
    ce que l'on discute ces ordres, encore moins à ce qu'on lui
    réponde. »

    « ALL SCHNAUTZE ! Vous allez
    venir immédiatement avec moi, ou ce sera le conseil de guerre
    !!! »

    « Quelle guerre ? Elle est
    perdue, la guerre ! »

    Le visage de l'officier s'empourpra
    encore plus, virant au rouge tomate, tandis qu'il attrapait le
    pistolet mauser C 96 accroché à sa ceinture et le
    pointait vers mon visage.

    « Suivez-moi, où je
    vous abat sur le champs... »






    Je ne pouvais me permettre de suivre
    cet abruti, où toutes mes chances de revoir C. vivante
    s'envoleraient du même coup. Je redressais brusquement le
    Karabiner que ma main droite tenait toujours avec fermeté, en
    soutint le canon avec ma main gauche tandis que mon autre main se
    refermait sur la poignée, et tirait à bout portant sur
    le SS.

    La balle lui perfora le bas ventre dans
    un bruit sourd et il s'effondra du même coup, une expression de
    surprise figée à jamais sur son visage. Il y a quelques
    mois, un tel geste aurait signée mon arrêt de mort, mais
    tout semblant d'organisation avait aujourd'hui quitté la
    Vermacht, et je me souciais de toute façon très peu de
    mon avenir. Une seule chose m'importait : la revoir.






    Je repris ma course effrénée,
    laissant là le cadavre de l'officier. Par chance, je ne
    rencontrais aucun autre obstacle sur ma route et finit enfin par
    déboucher sur l'Allée de la Place Verte. Le bruit de
    fond que constituaient les bombardements des pièces
    d'artillerie alliées se faisait plus assourdissant que jamais,
    et mes tympans menaçaient d'exploser sous la violence des
    ondes. Toutefois, je n'y prêtais absolument aucune attention,
    tout occupé que j'étais à chercher l'allée
    numéro 4. Je la trouvais en quelques minutes à peine :
    la porte était sortie de ses gonds et l'entrée était
    dans un foutoir indéfinissable, les affaires s'y entassant
    comme si tous les résidents de l'immeuble avaient fui les
    lieux en y laissant la moitié de leurs bagages. Inquiet, je
    gravis quatre à quatre les 2 étages qui me séparaient
    de son appartement et sonnait plusieurs fois à la porte. Pas
    de réponse. Sans hésiter, je reculais de quelques pas
    avant de foncer sur la porte, l'épaule droite en avant. Elle
    cèda d'un seul coup sous la violence du choc et je tombais à
    plat ventre dans le vestibule. Me relevant d'un bond, je balaillais
    la pièce du regard : des affaires en vrac trainaient dans tous
    les coins et un ou deux meubles avaient été renversés.
    Je serrais les poings de rage : ils étaient partis. J'arrivais
    trop tard.




    Je fis rapidement le tour de l'appartement afin de
    m'assurer que tout était bien perdu, mais çà mon
    grand désespoir toutes les autres pièces étaient
    dans le même état. Je m'apprêtais à quitter
    les lieux, la mort dans l'âme, lorsqu'une photographie posée
    sur un petit buffet en bois, dans l'entrée, attira mon
    attention. On l'y voyait, Elle, souriante, aussi ravissante que la
    dernière fois que je l'avais rencontrée, serrant ses
    deux enfants avec amour dans ses bras. Ils souriaient eux aussi et le
    soleil baignait l'ensemble de la scène, qui semblait avoir été
    prise dans un jardin fleuri et luxuriant. Une telle impression de
    joie et de douceur se détachait de cette photographie que je
    sentis malgré moi un large sourire se dessiner sur mon visage.
    Délicatement, je pris le cadre dans lequel celle-ci se
    trouvait et le mit dans la poche intérieure de la veste de mon
    uniforme gris. En quittant pour de bon l'immeuble abandonné,
    la sensation de bonheur se dissipa rapidement tandis que je réalisais
    que cette photo serait sans doute la seule chose qui marquerait sa
    présence au sein de ma vie désormais.







    Toutefois, il n'y avait plus de temps
    pour la nostalgie : je devais retrouver Léa au Reichstag dans
    moins d'une dizaine de minutes et, au vue des tirs de mitrailleuse
    qui se faisaient de plus en plus intense, les alliés n'étaient
    plus très loin de ma position.






    Tandis que je repartais aussi vite que
    mes jambes me le permettaient dans la direction opposée, les
    pensées s'enchainaient à toute vitesse dans mon esprit.
    Comment en était-on arrivé là ? Par quel funeste
    destin la femme que j'aimais depuis si longtemps se trouvait-elle
    ainsi écartée de ma vie, peut-être pour toujours
    ?

    Du même coup, la guerre à
    laquelle j'avais participé, qui avait longtemps été
    pour moi une planche de Salut, devint soudain ma pire ennemie :
    c'était sa faute si Berlin était aujourd'hui un tas de
    ruine. C'était sa faute si je devais ne plus jamais revoir C.
    . C'était sa faute si cette dernière était, à
    l'heure actuelle, peut-être blessée, ou pire encore.
    C'était sa faute si tant de Berlinois et d'allemands étaient
    morts et allaient mourir aujourd'hui.






    Mais qui avait donc voulu cette foutue
    guerre ?


    Je l'avais voulue : à l'heure
    où, âgé de 23 ans, je rougissais de ma chasteté,
    de ma pauvreté et me languissait dans ma vie monotone et
    inintéressante, elle avait été pour moi un moyen
    de faire preuve d'héroïsme, de gagner l'admiration des
    autres, et de me trouver une véritable utilité
    sociale.

    Nous l'avions tous voulue : le peuple
    allemand n'avait pas digéré l'humiliation du traité
    de Versailles et les terribles années de privation qui avait
    suivi le terrible Novembre 1918.

    Surtout, tu l'avais voulue, toi, Adolf
    Hitler. Longtemps, je t'ai écouté, compris, admiré,
    pire, identifié à toi : nous avions tout deux subi un
    échec et une déception dans notre vie, et la haine nous
    avait semblée une alternative alléchante à
    l'affliction. Désormais, je me demande comment j'ai pu
    combattre sous tes ordres : ta folie nous a tous conduit à la
    ruine, cette Allemagne à laquelle je me suis identifié,
    qui comme moi est tombée de haut, qui comme moi s'est relevée
    de façon spectaculaire, tu n'as fait que la conduire à
    sa perte. Tu n'es qu'un clown doublé d'un crétin, et je
    te hais désormais de tout mon être, Hitler. Je te hais
    et te souhaite une mort lente et douloureuse entre les mains des
    alliés.


    Dernière édition par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 19:29, édité 1 fois
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 19:28

    J'avais couru à toute vitesse en
    ressassant ces sombres pensées, si bien que j'arrivais au pied
    de l'ancien Reichstag quelques minutes avant l'heure prévue.
    Léa m'y attendait déjà, entourée de ses
    proches et de quelques amis.



    Aussitôt qu'elle me vit, elle
    accourut vers moi, mais l'expression de mon visage la dissuada de
    poser toute question sur le résultat de mes recherches.

    « Tu...tu crois vraiment
    pouvoir nous faire sortir d'ici ? Les alliés ont déjà
    commencer à envahir la bordure du centre, toute la ville va
    tomber, ce n'est plus qu'une question d'heure ou de jours... on
    raconte même qu'Hitler a mis fin à ses jours ! »

    « Fait moi confiance, je
    t'ai promis de te faire sortir d'ici, et je le ferai. »

    La place était envahie de
    civiles qui s'agitaient en tous sens et de militaires qui hurlaient
    des ordres incompréhensibles.

    « Mais...comment pourrions
    nous traverser les lignes alliées ? C'est impossible ! »

    « Je t'ai dit que tu allais
    t'en sortir, pas que tu allais sortir de la ville. »

    « Mais enfin... »

    Je pris son visage entre mes mains et
    plaquait mon regard dans le sien, puis je lui expliquais calmement et
    distinctement ce que j'avais en tête. Elle m'écouta sans
    broncher, pendant plusieurs minutes, se contentant de quelques
    hochements de têtes espacés pour m'indiquer qu'elle
    était d'accord. Lorsque j'eus finis, un sourire éclaira
    son visage pour la 1ère fois aujourd'hui, puis elle me prit
    les mains et me remercia à plusieurs reprises. Après
    cela, je l'embrassais tendrement sur la joue.

    « A bientôt... »

    « Tu ne viens pas avec nous
    ?? »

    Elle avait prononcé cette phrase
    sur un ton qui ressemblait plus à de la résiliation
    qu'à une véritable interrogation.

    « Tant que la guerre ne sera
    pas terminée, je devrais continuer à défendre
    ctete ville...c'est mon devoir. »

    « Tu ne la reverras pas. Du
    moins pas ici. »

    « Je le sais. »

    « Bien, dans ce cas...à
    bientôt. »






    Elle étouffa un sanglot, puis
    partit sans se retourner, suivie de près par tous ses proches.

    Je les regardais s'éloigner,
    puis attrapait le fusil que j'avais pendu à mon épaule
    et le garnit d'un nouveau chargeur. Une fraction de secondes plus
    tard, un officier brandissant un mégaphone hurla que les
    forces alliées venaient d'effectuer une percée près
    du Führerbunker. Tous les hommes disponibles étaient
    tenus de s'y rendre sur le champs. Sans hésitation, je me
    joignis à un peloton qui partait en courant pour le front.
    Nous arrivâmes sur place en quelques minutes : les combats y
    faisaient rage, les soviétiques se heurtant à la 11e SS
    Division « Nordland » qui, bien qu'en nette
    infériorité numérique, défendait le
    terrain avec acharnement. Les renforts issus de la Vermacht que nous
    constituions ne représentaient qu'un soutien ridicule par
    rapport à l'océan déferlant que constituaient
    les forces soviétiques, mais nous fûmes néanmoins
    accueillis par des acclamations de la part de nos camarades de la SS.
    Je rejoignis rapidement un ensemble de combattants qui se révéla
    être le groupe de combat Charlemagne, composé d'environ
    300 volontaires français. J'épaulais aussitôt mon
    fusil, prit calmement le temps de viser, puis ouvrit le feu à
    plusieurs reprises. Je n'étais qu'à une cinquantaine de
    mètres des lignes ennemies, si bien que je pouvais sans trop
    de difficultés discerner le visage des hommes sur qui je
    tirais. A ce moment précis, ce n'était pas de la haine
    que je ressentais pour eux : certes, ils avaient mis ma ville, mon
    pays et mon peuple dans un état proche du pathétique,
    mais ils étaient, tout comme moi, de simples hommes contraints
    de se battre par les autorités de leur état. Maintenant
    que la fin approchait, je me dit pour la 1ère fois que la
    guerre était vraiment une chose stupide : c'était donc
    à cela que j'avais consacré ma vie durant 6 années
    consécutives ? Comment avais-je pu trouver un quelconque
    héroïsme, une quelconque gloire, un quelconque plaisir
    dans cette tuerie aussi futile que sanglante ? J'étais parti
    tuer des hommes que je ne connaissais pas, eux-même au service
    d'autres hommes que je ne connaissais pas, pour le compte d'autres
    hommes que je n'avais jamais rencontré. J'avais délaissé
    amis et famille pour devenir une machine à tuer. Désormais,
    je ne ressentais plus aucune fierté à être
    lieutenant dans la Vermacht. Je me contentais de faire la seule chose
    que je savais maintenant faire, en espérant que tout cela
    finisse au plus vite.




    Les balles sifflaient tout autour de
    moi, des hommes tombaient en se tordant dans tous les sens, des
    explosions retentissaient les unes après les autres dans un
    tonnerre assourdissant, les officiers hurlaient leurs ordres, que
    plus personne n'exécutait, mais je ne prêtais aucune
    attention à toute cette agitation. Imperturbable, je
    continuais à tirer sur les soviétiques comme si leurs
    tirs sifflant à mes oreilles devaient ne jamais m'atteindre.
    J'en abattis plusieurs, je tirais de nombreux coups dans le vide, je
    vis beaucoup de mes camarades mourir. Enfin, quelque chose me tira de
    la sorte de transe dans laquelle je me trouvais :



    « ACHTUNG HERR
    UNTERSCHTURMFÜHRER ! ACHTUNG ! »

    Un missile fonçait droit sur
    moi. Je plongeais de côté pour l'éviter et
    parvint ainsi de justesse à ne pas être réduit en
    morceaux. Le missile continua sa course et vint frapper un camion de
    munitions situé une dizaine de mètres derrière
    moi. Je vis l'explosion se propager de façon spectaculaire en
    une fraction de secondes, tous mon corps me fit subitement
    horriblement mal, puis tout disparut.






    Lorsque j'émergeais avec
    difficulté de l'inconscience (je n'ai aucune idée du
    temps qui s'était écoulé depuis l'explosion qui
    m'avait assommé et projeté au sol), je sentis qu'un
    corps était penché sur moi. J'ouvris subitement les
    yeux. Un homme, qui à l'évidence me croyait mort, était
    en train de me fouiller. A en croire son uniforme, son visage hirsute
    et son haleine chargée de Vodka, il s'agissait d'un soldat de
    l'armée rouge. Il tenait dans ses mains l'une des photos de C.
    que je gardais à l'abri dans la poche intérieure de mon
    uniforme et la dévisageait avec gourmandise. En voyant ce porc
    poser ces mains ignobles sur la femme de ma vie, mon sang ne fit
    qu'un tour. Retrouvant brusquement mes forces, je hurlais :

    « LACHE CA TOUT DE SUITE
    !!!!! » tout en lui enserrant le cou de mes deux mains. Le
    visage du russe adopta une expression de surprise, puis j'eus tout
    juste le temps de sentir le canon de son arme se plaquer sur mon bas
    ventre. Le coup résonna avec violence dans la totalité
    de mon être, puis tout devint noir.




    Perdu. Sonné. Mal au crâne.
    Délire. Sursaute. Fièvre. Où suis-je ? Rêve.
    D'Elle, de moi, d'Eux, de Lui. Délire. Tremble. Pensées
    s'enchaînent. Suis-je mort ? Je ne devrais plus penser à
    rien. Voyage. Vois des archipels sidéraux, des îles
    millénaires, des océans infinis et des dépouilles
    de Léviathans en décomposition. Perd la tête.
    Douleur, douleur, douleur. Ivresse. Agitation. Inconscient.
    Destination finale ??? Ouvre les yeux !!!!!!





    Je repris
    brusquement connaissance, mais il me fallut plusieurs minutes pour
    reprendre totalement mes esprits. Je perçus une agitation
    intense tout autour de moi : des infirmières se mouvaient
    rapidement dans toute la pièce, des blessés criaient,
    des médecins dialoguaient. J'étais étendu sur
    une civière et enveloppé dans un drap médical
    blanc. Mon côté droit me faisait horriblement mal.

    Je sentis soudain
    une présence tout près de moi : une infirmière
    s'était approchée et penchait désormais son
    visage vers le mien. Elle avait un doux visage bienveillant et
    malicieux à la fois, et ses cheveux blonds bouclés la
    faisaient ressembler à un ange.

    « Are you ok ? »

    Je lui souris et
    étirais lentement mes bras. Le soleil surgit de derrière
    un nuage et baigna la pièce de sa lumière.
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    Camille
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Camille le Mar 26 Aoû - 20:11

    On pourrait presque le nommer aussi " il est 15h29, tout était calme..." Y as-tu pensé, Yiriel? Commencer par le même incipit des textes différents?

    Quoi qu'il en soit, on découvre avec ce texte un autre style, un peu moins personnel, un peu moins poétique et peut-être plus faible, mais qui a l'avantage d'être assez crédible dans la retranscription du chaos. Je me croirais presque dans un medal of honor ou un autre de ces jeux de guerre.
    L'idée de te placer du point de vue d'un allemand me rappelle les Bienveillantes.
    Avec ironie je te dirais: c'est dingue tout ce à quoi peut penser ton narrateur dans un foutoir pareil!
    Une chose à abolir, anachronique et un peu ridicule: "le grand schtroumpf à Tombouctou."
    Sinon, on attend la suite...
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    Yriel Korraheyn
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 19:33

    Le texte est allégorique, c'est pour ça que le narrateur pense à autant de choses ^^
    Un nouveau texte allégorique, s'appuyant sur un film désormais bien connu ^^ (ce passage concret du film représentant à merveille un "bouleversement" que j'ai réellement vécu) :

    Néo

    Après quelques instants d'hésitation, je tournais lentement la poignée de la porte, qui s'ouvrit dans un grincement sinistre. Le parquet craqua de la même manière tandis que je pénétrais dans la pièce tout en la balayant rapidement du regard. Elle était faiblement éclairée mais richement meublée : une immense armoire occupait une bonne partie du mur de droite, de larges fenêtres recouvertes de rideaux verts bouteille recouvraient celui du fond, et le centre était occupée par une table ronde en marbre noir traité qu'entouraient deux sièges en cuir vert au design ovoïde ultra-moderne. La pluie battante frappait régulièrement les carreaux et, conjuguée à la nuit d'un noir de jais, empêchait de voir quoi que ce soit au travers.
    Un homme typé afro-américain était confortablement assis sur l'un des fauteuils, les deux coudes posés sur la table et les mains jointes sous son menton, tandis que trois autres individus (deux hommes et une femme) se tenaient debout, adossés contre le mur de gauche. Ces derniers étaient vêtus de longs manteaux en cuir noir, arborant également des gants et des lunettes de la même couleur ; tandis que l'homme assis portait un costume bleu sombre, une rolex dorée et des lunettes d'une facture identique à celles de ses comparses.
    « Assieds toi, Tazio. Je t'attendais »
    Sa voix au timbre grave avait un ton à la fois puissant et étrangement rassurant.
    « V...vous m'attendiez ? Et comment connaissez-vous mon nom ? »
    « Je sais beaucoup de choses sur toi. Je sais que tu te poses sans cesse des questions auxquelles tu penses ne jamais pouvoir avoir de réponse, que tu passes des nuits blanches à t'interroger sans jamais le moindre résultat, que toujours les mêmes interrogations, les mêmes faiblesses, les même peurs, les mêmes frustrations occupent ton esprit... »
    Je restais un moment sans rien dire, prenant le temps de mesurer tout ce que ses paroles sous-entendaient. Comment ce type pouvait-il savoir toutes ces choses ? Rien qu'à y penser, j'étais pris de vertiges. Après plusieurs secondes de silence, je repris la parole d'une voix hésitante :
    « Mais....qui êtes vous ? »
    « Je m'appelle Ironik. Et voici Enzo, Helen et Rienzi » dit-il en désignant tour à tour l'homme qui se tenait à sa gauche (un type aussi large que haut avec une barbre de trois jours), la jeune femme (grande, fine, blonde au teint très pâle) et le deuxième homme (lui aussi très grand et bien bâti, au visage d'ange et aux cheveux bruns coiffés en brosse). Tous devaient avoir entre 25 et 30 ans. En revanche, il m'était tout bonnement impossible de donner un âge à mon interlocuteur. Ses traits de visage à la fois solides et bienveillants avaient un air hors du temps.
    Je Je me dirigeais lentement vers le fauteuil situé en face de celui d'Ironik, m'y assis, puis laissait filer quelques secondes avant de répondre.
    « Et...qu'attendez vous de moi, exactement ? »
    Un large sourire fendit le visage d'Ironik, dévoilant une série de dents blanches parfaitement alignées.
    « Il s'agirait plutôt de ce que toi tu attends de nous, Tazio. »
    Je restais immobile pendant plusieurs secondes, fixant mon interlocuteur, attendant qu'il éclaircisse ses propos dont j'avais de plus en plus de mal à saisir le sens. Le dénommé Enzo émit un ricanement narquois, suivi d'un clin d'œil complice à la direction de ses deux comparses. Ce garçon m'avait paru fort antipathique depuis la seconde même où mon regard s'était arrêté sur lui pour la 1ère fois, et cette impression s'avérait visiblement avoir été la bonne. Voyant que je restais plongé dans la perplexité, Ironik eu un nouveau sourire et reprit la parole.
    « Tu te prends pour un cas isolé, unique au monde, mais tu as tort. Nous sommes tous passés par là avant toi. Si je sais si bien ce que tu ressens, c'est parce qu'il n'y a pas si longtemps, j'étais à la place où tu te trouves actuellement, Tazio. Nous avons tous été aveugles comme tu l'es aujourd'hui. » conclut-il tout en désignant ses 3 compagnons d'un bref signe de tête.
    Mais de quoi parlait-il exactement ? Je pensais commencer à saisir le sens de ses paroles, mais tout cela me semblait trop absurde pour être vrai. Alors comme ça, ces 4 guignols semblant tout droit sortis d'un film de SF prétendaient avoir jadis eu les mêmes tourments que ceux qui m'habituaient aujourd'hui ? La même incompréhension face au monde? Je secouais brutalement la tête pour tâcher de reprendre mes esprits. Tout cela était proprement ridicule, il ne s'agissait pas là de sujets que l'on abordait avec de parfaits inconnus sur le ton d'une conversation aussi sérieuse...J'allais immédiatement dire à ces types que cette situation était grotesque et y mettre fin sur le champs...
    Comme si il lisait dans mes pensées, Ironik eu un petit rire amusé suivi d'un autre de ses fameux sourire, puis il s'adressa de nouveau à moi avant que je n'ai le temps de lui faire part de mes dernières réflexions.
    « Crois-tu au destin, Tazio ? »
    Pris de court par sa question, je répondis en bafouillant :
    « Heu...hé bien...non, pas vraiment... »
    Mon interlocuteur sourit de plus belle.
    « Et pourquoi ? Parce que tu n'aimes pas l'idée de ne rien pouvoir changer à ton existence, tout comme moi. C'est pour cela que nous sommes réunis ici, ce soir. »
    Ce fut cette fois-ci au tour des 3 autres de sourire. J'étais de plus en plus dépassé par la tournure que prenait la conversation.
    « Pour cela ? Mais de quoi parlez-vous à la fin ? »
    Je me levais brusquement, excédé, et pris la direction de la sortie.
    « J'ai assez entendu de conneries comme ça pour la soirée... »
    Ironik ne bougea pas d'un pouce et me répondit d'un ton calme et posé, ses mains toujours paisiblement jointes sous son menton.
    « Tu n'as pas l'intention de faire ça. »
    « Détrompez-vous... »
    J'avais atteint la porte et venait de poser ma main sur la poignée.
    « Tu n'as pas l'intention de faire ça parce que même si tu te refuses encore à l'admettre, tu veux des réponses. Tu ne peux plus continuer à vivre aveuglément. Et la cause de ton agacement est justement que tu as conscience que je suis capable de te donner ces réponses, mais que ta 1ère réaction face à la perspective d'une révélation a toujours été la peur. Seulement, ce soir tu ne peux plus fuir...tu sais que la clef de tout ce que cherches à savoir se trouve devant toi, et tu sais également quel gâchis se serait de la laisser passer. »
    A ma propre stupeur, ma main déserra lentement son emprise sur la poignée et mon bras droit retomba mollement contre mon corps. D'un pas mécanique, je fis demi-tour et vint me rassoir à la place que j'occupais quelques secondes plus tôt. Ironik sourit.
    « Très bien. Le plus dur est fait...maintenant, laisse moi t'ouvrir les yeux... »
    Il plongea sa main droite dans la poche de sa veste de costume, puis la posa à plat sur la table. Il venait de se saisir d'une paire de petites pilules (l'une bleu, l'autre rouge) qui gisaient désormais au creux de sa paume. Les deux hommes et la jeune femme qui se tenaient toujours debout connurent un brusque regain d'intérêt pour la scène qui se déroulait sous leurs yeux et se penchèrent légèrement autour de la table.
    « Héhé, ta même pas idée de ce dans quoi tu t'engages mon gars ! » la voix du dénommé Enzo, à la fois railleuse et enjouée, venait de retentir à ma gauche, achevant de me déstabiliser. Qu'est-ce que c'était que ce cirque ? Pourquoi des pilules ? On cherchait à me droguer ? Quel rapport avec le discours qu'Ironik venait de me dérouler ?
    Les autres avaient visiblement parfaitement remarquer mon trouble et semblaient légèrement amusés, non pas comme une bande de sadique mais plutôt comme un groupe de lycéens s'apprêtant à bizuter un nouvel élève.
    « Qu...qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ?! » demandais-je d'une voix où se mêlaient l'agitation, la frustration et l'appréhension.
    « Choisis la pilule bleu, et tout cela s'arrête : tu te réveilleras dans ton lit, tu ne te souviendras de rien, et tu pourras reprendre ta vie telle que tu la menais avant de venir ici. Choisis la pilule rouge, et tout change... »
    Enzo eu un de ces ricanements insupportables pour les nerfs dont il avait visiblement le secret. Je regardais tour à tour les deux pilules. La situation devenait proprement absurde : où avais-je bien pu tomber ? Cette bande de cinglés n'espéraient tout de même pas me faire croire à leur numéro de sorcellerie semblant tout droit sorti d'un mauvais film de série Z ? Malgré ma volonté d'en finir avec cette mascarade, la curiosité me tiraillait : j'étais bien tenté de goûter à l'une de leurs pilules histoire de voir quel numéro ils allaient essayer de me jouer. Quitte à m'être déplacé pour rien, autant ne pas rater l'occasion d'une franche rigolade...Cependant, et si ces trucs étaient nocifs ? Qui sait si ces types n'essayaient pas de me refourguer du LSD afin que je leur serve de cobaye...
    La curiosité finit par l'emporter sur la prudence et, un sourire provocateur au visage, je me saisis de la pilule rouge. Alors que je m'apprêtais à l'avaler tout rond, Ironik m'arrêta d'un geste et adressa un signe de tête à Enzo. Aussitôt, celui-ci se dirigea vers le fond de la pièce dans lequel se trouvait un évier que je n'avais jusque là pas aperçu. Il en revint aussitôt avec un grand verre d'eau plate qu'il me tendit d'un air amusé.
    « Avale ça en même temps mon frère...et bon voyage au pays des merveilles ! »
    Ignorant superbement sa remarque, je mis la pilule dans ma bouche et l'avalais à l'aide d'une grande rasade d'eau. J'attendis quelques instants. Tous me dévisageaient avec curiosité et amusement. J'avais la désagréable sensation d'être une bête de foire. J'attendis encore. Rien ne se passait. Rienzi sourit pour la 1ère fois. Toujours rien. En voilà assez, cette situation n'avait que trop duré...
    Je m'apprêtais à me lever pour mettre un terme à cette situation grotesque lorsqu'une sensation étrange me saisit dans le bas du ventre. Une sorte de chatouillement qui se mit à remonter lentement le long de mon épine dorsale. Cette sensation, plutôt agréable au début, devint très rapidement douloureuse, puis totalement insupportable. Je commençais à me tortiller dans tous les sens pour tenter de mettre un terme à cette douleur qui commençait à envahir tout mon corps lorsque je sentis mes membres s'engourdir les uns après les autres. Dans le même temps, une sensation de fraicheur glacial me saisit l'échine, parachevant la séance de torture que j'étais en train de vivre. Ma vue se brouilla et mon entourage ne m'apparut plus qu'à travers une sorte de nuage de fumée opaque, qui me donnait l'impression de contempler la réalité depuis des espaces célestes.
    « Y va pas y survivre... »
    La voix d'Enzo me paraissait incroyablement lointaine tandis que mes souffrances redoublaient d'intensité. J'avais désormais le sentiment de littéralement geler de l'intérieur, tous mes organes se raidissant tandis que je sentais des pics de glace me perforer la poitrine. Je poussais un hurlement de souffrance et suppliait à plusieurs reprises mon entourage de mettre un terme à cela, mais la douleur continuait à augmenter en intensité, et je perdais peu à peu le contrôle de mon esprit. J'eus la sensation que j'allais faire un arrêt cardiaque et m'époumonais pour que l'on me vienne-t-en aide. La voix d'Ironik parvint alors à mes oreilles, semblant provenir d'un autre monde :
    « Il est trop tard...pour reculer.. »
    Puis, alors que la douleur venait d'atteindre un seuil critique et que je me sentais sur le point de perdre connaissance, tout disparut. La souffrance s'estompa aussi rapidement qu'elle était venue et l'environnement dans lequel je me trouvais se volatilisa. Tout était subitement devenu noir autour de moi, et je crus d'abord que les lumières de la pièces s'étaient éteintes. Cependant, il ne me fallut que quelques instants pour constater que mes yeux étaient en réalité fermés, et que je pataugeais dans une substance liquide qui devait vraisemblablement être de l'eau. Bien incapable de comprendre comment j'avais pu changer ainsi d'environnement en une fraction de seconde, je commençais à paniquer et m'agitait en tous sens. Mes mains et mes jambes heurtèrent violemment quelque chose de solide. Malgré une inexplicable réticence, je me décidais à entrouvrir les yeux. Ce que j'aperçus vaguement à travers le flou du liquide dans lequel je baignais me stupéfia. Je me trouvais dans une grand bulle en verre, d'environ 2 mètres de diamètre, remplie aux 4/5e d'un liquide rouge pâle. Je respirais grâce à une sorte de masque plaqué sur ma bouche et relié à un tube, lui-même rattaché à je ne sais quoi. Cette fois-ci, je paniquais pour de bons et me mit à me débattre de toutes mes forces pour sortir la tête de cette eau écarlate. La tâche ne fut pas aisée, puisque une série de câbles étaient raccrochés à mon dos et entravaient sérieusement mes mouvements. Cependant, avec l'énergie du désespoir, je parvins enfin à émerger jusqu'aux épaules. Je pus alors voir plus distinctement ce qui se trouvait en dehors de cette bulle. Je manquais faire un arrêt cardiaque : elle était suspendue dans le vide, si haut que je ne pouvais voir le sol, et partout autour de moi des bulles similaires, contenant chacune un être humain recroquevillé à l'intérieur, s'étendaient à l'infini par rangées entières.. Je me mis à hurler et à appeler au-secours, frappant de toutes mes forces sur la paroi en verre qui ne révélait pas le moindre orifice, mais sa solidité s'avéra à toute épreuve. Alors que je commençais à désespérer, un bruit de suçion parvint à mon oreille. Intrigué, je baissais la tête et constatais que le fond de ma bulle s'était ouvert sur quelques centimètres à peine, laissant s'évacuer le liquide rouge. Avant que je n'ai le temps de m'interroger sur les causes de cet événement, une douleur fulgurante me traversa la colonne vertébrale. Une série de claquements secs, accompagnés chaque fois d'une souffrance insupportable dans mon dos, m'indiqua que les câbles qui m'avaient été implantés je ne sais quand ni comment se détachaient les uns après les autres. L'opération dura une dizaine de seconde à peine et, alors que je m'écroulais, terrassé par la souffrance que je venais de subir, sur le sol de la bulle, ce dernier s'ouvrit brusquement sous moi et je tombais aussitôt dans un immense tuyau d'évacuation. Je poussais un nouveau hurlement, puis tout disparut de nouveau, laissant place à un immense flou noir.


    Dernière édition par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 19:48, édité 4 fois
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 19:34

    Je me sentais désormais tout léger et en excellente forme, comme on l'est habituellement après la disparition d'une crampe, mais je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où je me trouvais, si ce n'est à nouveau dans l'obscurité la plus totale. Je restais ainsi quelques secondes, tous mes sens engourdis, lorsqu'une lumière vive et éclatante surgit de nulle part, m'éblouissant et me forçant à fermer momentanément les yeux. Lorsque je les rouvris, l'apparition lumineuse avait pris la forme d'un immense dragon argenté, comme ceux que l'on voit habituellement dans les légendes chinoises. J'eus tout juste le temps de voir la bête (qui semblait constituée d'un assemblage de plusieurs nuages de fumée) ouvrir sa gueule et foncer dans ma direction, après quoi elle se dissipa brusquement et l'obscurité retomba. Dés lors, une succession d'image vinrent se superposer à mon esprit, les unes après les autres, et ce de façon rapide et ininterrompue. Je vis d'abord un ciel orageux parcouru d'éclairs, puis une marée d'étoiles scintillante, suivie d'une vision d'un océan vert émeraude où nageait, au milieux de ruines antiques, un ban de léviathans. Vint ensuite une vision de ce qui semblait être un autre monde, au sol rouge écarlate, et peuplé de créatures mi-hommes mi-chèvres de la même couleur ; et aussitôt après une vision paradisiaque d'un monde planant au-dessus des nuages, dans lequel mon aimée m'attendait. Je vis des archipels antiques, égarés au milieu d'une mer dépourvue de vagues ; Son visage souriant, semblable à celui d'un ange, au milieu d'une marée de nuages roses bonbons ; des peaux rouges criards poursuivant un étrange animal à crinière bleu azure sur une plaine aride ; un morceau de campagne anglaise perdue dans la brume ; et un diable cornu dansant au clair de lune...
    Enfin, je cessais lentement de délirer tandis que ma conscience commençait à s'extirper du sommeil dans lequel j'étais plongé. Mon esprit mit quelques secondes à émerger. Je commençais à retrouver peu à peu l'usage de mes membres et la conscience de moi-même, cependant j'ignorais tout de l'endroit où je pouvais me trouver. Mes paupières battirent plusieurs fois avant que mes yeux ne parvinssent à s'habituer à la lumière aveuglante qui pleuvait sur mon visage. Après quelques instants et en gardant les yeux mi-clos, je pus distinguer plusieurs silhouettes aux contours flous qui semblaient toutes en train de m'observer. Je fus bientôt capable de discerner leurs traits à tous : il s'agissait d'Ironik et de ses 3 compagnons. Tous se tenaient debout autour d'une couchette en cuir blanc sur laquelle j'étais allongé de tout mon long, la lumière provenant d'une grosse lampe brillant d'un blanc éclatant, suspendue au plafond juste au-dessus de ma tête. Ils me dévisageaient tous d'un air amusé, comme si j'étais un nouvel élève que l'on venait de bizuter. Comme aucun d'entre eux ne semblait disposé à prendre la parole pour m'expliquer ce que je faisais ici, pourquoi leur saloperie de pilule m'avait fait l'effet d'un pétard bien chargé, ni pourquoi ils me dévisageaient tous avec ces têtes d'adolescents prépubères, je me redressais brusquement sur ma couchettes, désireux de quitter cet endroit immédiatement, mais une douleur fulgurante embrase aussitôt tout mon corps et je fus contraint de me rallonger. La douleur s'estompa lentement tandis que je jetais à Ironik un regard où se mêlaient le reproche et l'interrogation.
    « Bienvenue dans le monde réel. » me dit-il simplement, d'un ton calme et détaché.
    Étrangement, cette réplique ne m'étonna même pas. Il est vrai qu'avec ce que je venais de vivre, plus grand chose n'avait le pouvoir de me plonger dans la perplexité...
    « J'ai mal aux yeux... » lui répondis-je alors que ma vue ne s'était toujours pas adaptée à la lumière aveuglante qui baignait la pièce.
    « C'est parce que tu vois clair pour la 1ère fois. »
    Je haussais les sourcils d'un air dubitatif, renonçant à chercher à comprendre cette situation qui dépassait toutes les limites de l'absurde. Mais alors que mon esprit semblait plus embrumé que jamais, je sentis progressivement que quelque chose de nouveau montait en moi. Un nouveau sentiment à l'origine inexplicable était peu à peu en train de me gagner. Petit à petit, le doute dont mon corps tout entier était habité faisait place à une immense et écrasante sensation d'assurance et de plénitude. Je ne pus m'empêcher de décocher un sourire radieux à tous ceux qui m'entouraient, comblé par ce bonheur que je n'avais jusqu'alors jamais ressenti. En quelques secondes à peine, mon corps fut abreuvé par une sensation de puissance et de solidité extrême, et je me sentis capable de me lever. Sans un mot, je me redressais, m'assis sur la couchette, puis m'élevait à la hauteur de mes compagnons. Bizarrement, ils me semblaient plus petits que tout à l'heure. Pour la 1ère fois, ils m'adressèrent tous ensemble un large sourire amical, et Enzo me donna une grande claque dans le dos à laquelle je répondis par une légère accolade. J'étais heureux comme jamais. J'étais guéri !
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Ouroboros le Sam 6 Déc - 20:54

    J'ai enfin pris le temps de lire tes écrits, et je suis loin d'être déçu. Le style est fluide, les quelques accrocs de la lecture font tiquer sur des détails qui seraient sans doute passés inaperçus s'il n'y avait pas eu ces accrocs qui me semblent nécessaires, et la lecture est agréable.

    Je vais me permettre un petit commentaire pour chacun des textes ...

    Pour le premier, je le trouve très calme, paisible, posé. Il y a une sensation de paix intérieure dans la description du cadre, de calme propice au retour sur soi-même, et ce cadre contraste admirablement avec les réflexions du personnage torturé. On ne sais rien de son passé, on ose penser qu'il a fait quelque chose qui l'a fait remarquer et accéder à la gloire, que quelqu'un l'a poussé dans son être à réussir, et qu'il a profondément changé jusqu'à finalement ne plus vraiment être lui, mais je n'ose pas aller plus loin, par peur de dénaturer le personnage qui semble se l'être déjà tant imposé ...
    Dans tous les cas, j'apprécie beaucoup.

    Le deuxième possède aussi cette légèreté, mais je trouve qu'il manque quelque chose. Il manque un problème, il y a une scène, comme pour le premier, calme et paisible, mais c'est un instant de bonheur pur. Bonheur pur, mais pas jouissance, le personnage est heureux d'aimer et de se sentir aimé en retour, mais la scène en reste là, à mon sens, et je trouve cela un peu dommage. Néanmoins, ce texte est très plaisant à lire et d'une très grande fluidité.

    Le troisième me rappelle un peu le tome 46 de Spirou et Fantasio (on peut pas citer Freud ou Nietzsche à tous les coups), Machine qui rêve, dans le fait que le personnage s'évanouisse et se réveille dans la rue (Spirou se propose comme Cobaye dans un laboratoire moyennant prime, se fait agresser par une équipe médicale et se retrouve sur un pont en construction en pleine nuit sous la pluie dans un décor genre Sarcelles). J'apprécie beaucoup l'absence de lien réel (où est d'ailleurs le réel dans cette histoire) entre les deux parties de l'histoire, mais par dessus tout le fait que le clochard ressemble au personnage principal. L'absence de suite à la discussion me torture l'esprit. Mais pourquoi cette ressemblance ? L'hypothèse la plus plausible serait que le personnage se voit el rêve (ou pas ?) tel qu'il sera plus tard, dans peu de temps, mais onne sais jamais bien. Il y a un problème temporel délicieux dans ton texte. Mes félicitations.

    Quatrième. On y retrouve en effet du Medal of Honnor, du fait de la description du chaos extrèmement précise et détaillée. On se trouverait presque dans Berlin dévasté, on vois les gens mourir autour de nous et les bombes tomber en hurlant et exploser dans les bâtiments avoisinants, la ville déchirée par les assauts. On se sent opressé par l'avancée systématique et inéluctable des alliés et on se demande où elle a bien pu aller. Ce texte tranche assez vivement avec tes autres textes, du fait de son réalisme, et j'ai presque été déçu par l'absence d'irréel auquel je m'attendais.

    Cinquième et dernier texte.
    Je te hais. Tu viens de faire rejaillir en moi une vieille peur que j'avais cachée au fond de mon coeur et de mes intestins. Peur de ne pas penser par soi-même. Peur de ne pas être soi. Peur de ne pas être.
    Ce texte m'a laissé sans voix. Que dire ? Il est allé chercher au fond demoimes plus grands doutes et mes plus grandes peurs. "cogito ego sum" ? Rhaaa, ce texte est un monstre et je ne sais plus que dire.
    Si ce n'est que ça me rappelle affreusement ça, et que j'en avais pas pioncé de ma nuit.
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Sam 18 Avr - 23:10

    J'ai été absent du forum un certain et je viens seulement de lire ton commentaire...je ne saurai assez te remercier de m'avoir fait part de tes impressions, il y a un mois que je n'avais plus trouvé la motivation d'écrire et ton message vient de me donner un sérieux coup de fouet. Merci Smile
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    Yriel Korraheyn
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    Re: Il était 15h29 et tout était calme...

    Message par Yriel Korraheyn le Sam 18 Avr - 23:30

    La clameur de la salle commença
    lentement à retomber alors que le rideau rouge se rabattait sur lui
    même, masquant l'ensemble de la scène à la vue du public. Les
    applaudissements se firent peu à peu moins soutenus, plus espacés,
    puis finirent par mourir lentement alors qu'une série de murmures
    commençaient à parcourir les rangs des spectateurs, chacun voulant
    y aller de son commentaire sur le dernier numéro qui venait de
    s'achever. Charlotte s'étira lentement, massa lentement ses épaules
    dénudées de la paume de ses mains afin de se réchauffer, puis se
    pencha vers Léa et lui glissa à l'oreille :

    « C'était super ! Tu sais ce
    qu'il y a après ? »

    « Heu non...me semble que sur le
    programme y avait marqué « invité surprise » ou un truc
    dans le genre... »

    Le visage de Charlotte adopta une moue
    mi-boudeuse, mi-enjouée.

    « Hum...bon, bah on verra bien,
    je crève de faim, y te reste quelque chose ? »

    Léa se pencha pour saisir le sac qui
    gisait à ses pieds, puis farfouilla dedans quelques instants avant
    de répondre :

    « Non, rien du tout... »

    Charlotte fit la moue et se tourna
    aussitôt vers sa voisine de droite.

    « Gatoche, t'as pas quelque chose
    à manger ? J'ai la dalle ! »

    « Non j'ai rien Carlos, mais sort
    du macdo là, t'as tes règles ou quoi ? »

    La jeune femme émit un léger
    gloussement amusé, puis se retourna face à la scène.

    La pièce était plongée dans une
    quasi obscurité, et un silence que seuls les chuchotements du public
    venaient rythmer s'était abattu sur les lieux. Tout le monde était
    désormais figé dans l'attente du numéro suivant.

    « Putain, j'ai des fourmis dans
    les jambes... »

    « tg Carlos »

    « Bon, qu'est ce qu'ils
    attendent... »

    « Chais pas, doivent y avoir un
    blème... »

    Alors que des mouvements d'agitation
    indiquaient que le public commençait à s'impatienter, l'immense
    rideau rouge qui recouvrait la scène se fendit lentement en deux et
    se rétracta. Dans le même temps, les projecteurs éclairèrent
    légèrement la scène d'une lumière fushia, lui donnant une
    apparence irréelle, semblable à l'atmosphère d'un rêve sulfureux.
    La scène avait été délestée de tout décor. Seul, un grand piano
    à queue blanc, éclairé et mis en valeur par un halo de lumière
    vive, trônait dans le coin supérieur droit. Un homme était assis
    sur un tabouret de piano, face au clavier. L'individu était vêtu
    d'un costume noir qui, d'après ce que Charlotte pouvait en
    apercevoir, devait être l'œuvre d'un couturier de renom. Ses yeux
    étaient masqués par une paire de lunettes noires, un accessoire
    plus qu'incongru dans une salle de spectacle close et plongée dans
    une quasi-obscurité. Son teint était pâle et ses doigts
    extrêmement fins. Lorsque le rideau se fut totalement replié,
    l'homme sortit de la rêverie dans laquelle il semblait plongée
    depuis qu'il avait été révélé aux yeux du public, et ses doigts
    commencèrent lentement à courir sur le clavier. Les 1ères notes
    étaient à peine parvenues aux oreilles de Charlotte qu'elle sentit
    aussitôt une sensation indescriptible l'envahir, se propager
    lentement en elle et lui procurer une sensation de chaleur intense et
    plus qu'agréable. Le morceau que l'homme était en train de jouer,
    et plus encore la façon dont il le jouait, dépassait tout ce
    qu'elle avait pu entendre jusqu'à présent. C'était à la fois
    puissant et mélodieux, intriguant et doux, étrange et familier. Le
    pianiste jouait avec une habileté hors du commun : il était
    impossible de détacher les notes les unes des autres, seule la
    mélodie pénétrait l'oreille et venait enivrer l'esprit de
    l'auditeur.

    Puis, alors que tout le public était
    déjà transporté par ses 1ères notes, l'homme commença à
    chanter. D'abord lentement, faiblement, puis, au fur et à mesure
    qu'il semblait lui-même galvanisé par la force de ce qu'il jouait,
    avec une puissance et une assurance croissante. Désormais, le
    musicien semblait irradier l'ensemble de la scène, toujours
    faiblement éclairée par les projecteurs. Chantant d'une voix douce
    et aiguë, mais empreinte d'une incroyable vigueur, il semblait être
    habité par un gigantesque feu de joie. Il était subitement
    transformé : alors que sa carrure chétive et son teint pâle
    l'avaient d'abord fait paraître tout faible et peu reluisant, il
    apparaissait désormais comme gigantesque aux yeux du public. Sa
    musique le transcendait : il irradiait, brûlait, se consumait.
    Chacun de ses gestes traduisaient une puissance impériale, une
    noblesse indépassable.

    Charlotte était désormais proprement
    suspendue aux lèvres de l'artiste, habitée par des transports
    qu'elle n'avait jusque là jamais éprouvée. Les mots que l'homme
    chantaient, la voix qui les retranscrivait et les notes qui les
    accompagnaient semblaient lui avoir été donnés par un être
    supérieur, inspirés par une essence divine. Mais ce qui rendait le
    tout encore plus fort, ce qui rendait la scène encore plus prenante,
    ce qui empêchait tout bonnement le spectateur de quitter le pianiste
    des yeux, c'était que, bien que ce dernier semblât habité par une
    force surhumaine, on pouvait à chaque instant croire qu'il ne
    pourrait continuer à chanter une seconde de plus. Il semblait en
    effet souffrir un véritable martyre, éprouvant le plus intensément
    du monde chacun des mots de douleur et de peine qu'il chantait. Son
    corps était sans cesse agité de spasmes, son visage se tordait en
    un rictus douloureux chaque fois qu'il entonnait le refrain, et sa
    voix traduisait une profonde expression de souffrance. Quelle plus
    belle façon de conférer de la force à un morceau que de donner
    l'impression d'être en train de mourir pour le jouer ? C'était
    comme si les maux qu'il évoquait se propageaient dans tout son être
    comme si son spleen s'exprimait à la fois travers son chant et à
    travers son propre corps.

    Il était très difficile de dire ce
    que Charlotte ressentait à ce moment précis. Elle éprouvait à la
    fois une admiration et un engouement sans borne pour cet inconnu
    doté d'un tel génie artistique, et une profonde sensation de pitié
    pour ce homme qui semblait si malheureux. Elle se sentait heureuse et
    malheureuse à la fois, joyeuse et triste, enjouée et dépitée. A
    vrai dire, elle ne savait plus vraiment ce qu'elle ressentait.
    C'était comme si elle venait d'accéder à l'inaccessible. Cet homme
    venait de lui donner ce que personne n'avait jamais pu lui offrir. Et
    elle lui en serait bientôt pleine de reconnaissance.


    Au fur et à mesure que le morceau
    avançait, la musique se faisait de plus en plus forte et de plus en
    plus poignante. La voix du musicien était à chaque instant plus
    touchante et exprimait toujours mieux ce qu'aucun mot ne pouvait
    retranscrire. Tout le public avait désormais les yeux fixés sur
    lui, guettant le moindre de ses gestes, attentifs au moindre de ses
    mots. Puis, brusquement, tout s'arrêta. L'homme cessa brusquement de
    jouer et de chanter, se leva, puis quitta la scène en une fraction
    de secondes. La lumière s'éteignit et les rideaux se refermèrent
    lentement. Un silence de mort s'abattit sur la foule. Il fallu un
    certain temps avant que le public ne commençât à émerger de
    l'état de transe dans lequel le morceau l'avait plongé. Charlotte
    aussi se sentit lentement redescendre de son petit nuage, son esprit
    se dégrisa, ses idées redevinrent claires. La première chose
    qu'elle ressentit alors qu'elle reprenait peu à peu ses esprit fut
    un profond sentiment de douleur et de regret. Pourquoi s'était-il
    arrêté aussi tôt et aussi précipitamment ? Elle était à la fois
    atterrée que le rêve soit déjà finie et horriblement déçue de
    ne pas avoir pu applaudir ce musicien, le féliciter, lui montrer
    combien elle lu était reconnaissante pour ce qu'il lui avait
    apporté. Les questions se bousculaient dans sa tête, formant un
    amalgame incompréhensible, et se mêlaient aux regrets et à
    l'appréhension. Il fallait absolument qu'elle revoit cet ange venu
    du ciel. Elle ne pouvait exprimer toute l'émotion qu'elle ressentait
    en cet instant, mais il y a une chose dont elle était certaine :
    elle n'avait encore jamais ressenti une telle sensation de joie, de
    douceur et de plénitude.


    Il s'écoula plusieurs minutes avant
    que les premiers spectateurs ne sortissent pour de bon de leur
    torpeur. Peu à peu, le silence de mort qui régnait depuis que
    l'artiste avait quitté la scène commença à s'estomper. Des
    chuchotements commencèrent de nouveau à se faire entendre tandis
    que les spectateurs encore émus tâchaient de faire partager leurs
    impressions à leurs voisins. Très vite, un murmure s'éleva dans
    toute la salle.

    Charlotte se tourna vers Léa et lui
    glissa d'une voix encore teintée d'émotion :

    « C'était...waow...j'avais
    jamais rien entendu de pareil.. »

    « Tu m'étonnes, c'est qui ce mec
    ?? Ils nous ont même pas dit son nom, rien... »

    Alors qu'elle s'apprêtait à répondre,
    la pièce sortit brusquement de l'obscurité dans laquelle elle était
    plongée depuis déjà plusieurs minutes : les projecteurs venaient
    de se rallumer, et baignaient désormais l'ensemble d'une lueur bleue
    électrique, conférant au tout une atmosphère évanescente.
    Lentement, les rideaux commencèrent à se rouvrir. Le cœur de
    Charlotte se remit à battre à tout rompre : peut-être le messie
    d'un soir allait-il réapparaitre pour lui dire au revoir, lui
    permettre de le remercier et de l'applaudir, ou peut-être même pour
    lui dire son nom ?

    Mais elle s'aperçut rapidement que
    rien de tout cela ne se produirait : lorsque la scène fut de nouveau
    entièrement révélée aux yeux du public, le piano avait disparu,
    et la personne qui occupait désormais le centre n'était pas celui
    qu'elle attendait. Il s'agissait d'une femme d'assez grande taille, à
    la taille extrêmement fine, et qui était probablement âgée d'une
    cinquantaine d'années environ même si, curieusement, ses traits de
    visage lui conféraient un aspect intemporel. Elle était vêtue de
    la plus étrange manière : un long châle de soie bleu enlaçait ses
    formes depuis ses épaules jusqu'à ses mollets, et une tenue légère
    à la coupe singulière masquait ses parties les moins exposables.
    Elle était maquillée à outrance, ses yeux, notamment, était cerné
    d'azur. Elle avait l'air d'une sorte de devineresse à moitié folle,
    ou encore d'une actrice de théâtre moderne étant tellement
    imprégnée de son personnage que le moindre de ses gestes semblait
    joué. Elle balaya à plusieurs reprises l'ensemble du public de ses
    grands yeux écarquillés, puis éleva lança, d'une voix forte et
    théâtrale ou se mêlaient accents tragiques et déclamations
    monolithiques :

    « Ô ! Thanatos, toi, le
    souverain de tous les souverains, le fléau des mortels, délivre
    nous de nos peurs ! Donne nous la force de cueillir les fruits de
    Tental, de dévorer la chaire de Prométhée, d'étouffer ce serpent
    trompeur ! Hélas, trois fois hélas, la nature nous a fait maigres
    et charnus, mais toi, ô, divin parmi les divins, roi parmi les rois,
    héros parmi les héros, inonde nous de ton puissant savoir ! Fait
    que par la seule force de ton verbe, nos erreurs passées deviennent
    les lueurs du futur, les faiblesses d'antan deviennent les forces de
    nos progénitures, les graines jadis égarées germent de nouveau et
    se muent en fruit nouveaux et savoureux ! Ô, Thanatos, fais donc que
    l'humanité renaisse de ses cendres, tel un phœnix meurt et revit
    aussitôt, enseigne nous les fondements de la surhumanité, ô,
    Thanatos ! »

    Puis la femme se tut, aussi brusquement
    qu'elle avait commencé à discourir, et se mit de nouveau à fixer
    le public de ses grands yeux, les lèvres closes. A ce moment précis,
    toute les lumières s'éteignirent de nouveau et les ténèbres
    envahirent la salle et les parois de l'esprit de Charlotte.

    Charlotte était partagée entre une
    envie de rire aux éclats et une sensation inexplicable d'inconfort.
    Les mots qu'elles venaient d'entendre lui semblaient à la fois
    complètement absurdes, risibles et décalées (que fabriquait cette
    espèce de folle à une soirée musicienne ? Était-elle en train
    d'effectuer un sketch de divertissement ou cherchait-elle vraiment à
    gagner la foule à ses paroles ?), et en même temps à la fois
    mystiques et dérangeantes. Cette scène était emprunte d'une
    caractère irréel et illusoire, c'était comme si l'on se trouvait
    face à un écran de fumée opaque qu'on ne parvenait pas à
    dissiper. Soudain, coupant net les réflexions de notre amie, une
    clameur commença de nouveau à s'élever au milieu de la salle.
    D'abord sourde et étouffée, puis de plus en plus forte, pour finir
    par atteindre un degré de décibels à la limite du supportable. Une
    voix grondante, semblant jaillir d'outre-tombe, répétait
    incessamment la même phrase :

    « Tatanka yotanka wahee-ta !
    Tatanka yotanka wahee-ta !! ... »

    Charlotte se boucha les oreilles pour
    étouffer ce vacarme assourdissant. En vain. La clameur se faisait de
    plus en plus forte. Ses tympans allaient exploser. Les gens
    s'agitaient partout autour d'elle. Le coude d'un inconnu lui rentra
    profondément dans le côté droit. Elle gémit de douleur. Tout
    n'était plus que tohu-bohu triomphant. Chaleur oppressante.
    Atmosphère de mort. Clameur cannibale. L'horreur, l'horreur,
    l'horreur....

    Puis plus rien. La salle redevint
    brusquement silencieuse. Tout s'arrêta aussitôt de bouger : ceux
    qui avaient quitté leurs sièges et couraient vers la sortie
    demeurèrent immobiles, les enfants qui pleuraient à tue-tête
    redevinrent de marbre, et Charlotte se laissa retomber dans le fond
    de son siège en poussant un soupire de soulagement. Si ses oreilles
    ne bourdonnaient encore, elle aurait sans doute cru qu'elle avait
    imaginé ce qui venait de se produire. Un nouvel événement attira
    son attention. Lentement, un immense écran de cinéma descendait sur
    la scène. Lorsque celle-ci fut entièrement recouverte, les
    projecteurs se braquèrent tous sur l'écran nouvellement installé,
    l'inondant d'une lumière vive. Charlotte garda les yeux rivés sur
    l'écran durant plusieurs secondes sans que rien ne se produise.
    Puis, subitement, un visage de jeune fille apparut. Elle devait avoir
    un peu moins d'une vingtaine d'année. Ses cheveux étaient blonds
    comme le blé du Petit Prince, ses yeux d'un vert émeraude
    illuminaient son visage et donnaient à son regard une émouvante
    candeur, et sa peau était pâle comme la lune un soir de pluie. Elle
    souria, révélant une rangée de dents blanches éclatantes,
    parfaitement alignées, et baignant la salle d'un rayon de soleil.
    Lentement, on vit son index droit se poser devant sa bouche, ses
    lèvres closes conservant leur sourire. Puis elle murmura, d'une voix
    douce et ténue :

    « Chut. Silence is better. »

    Tout devint flou. Charlotte sentit la
    tête lui tourner. Sa vision se brouilla et son entourage se mit à
    tournoyer de manière vertigineuse. Plus rien. Un noir complet. Elle
    rouvrit les yeux. Elle se trouvait dans son lit à deux places. Le
    soleil était à son zénith. Il n'était pas encore midi.

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