Il était 15h29 et tout était calme...

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Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 10:05

1er essai :



Tout était calme. Seuls les
oiseaux gazouillants et le doux ronronnement qu’accompagne chaque
après-midi ensoleillé venaient rompre le silence
ambiant, alors que j’avançais lentement le long du sentier
sablonneux. C’était une magnifique journée de
printemps et la lumière baignait chaleureusement la vaste
étendue d’herbe et les arbres en fleurs qui s’offraient à
ma vue. Après un hiver particulièrement long et rude,
c’était un véritable bonheur que de sentir la caresse
de la brise printanière sur mon visage et les doux rayons du
soleil sur ma peau. Le bruit étouffé d’une tondeuse
à gazon résonnant à quelques centaines de mètres
d’ici venait parfaire l’atmosphère de plénitude à
laquelle je goûtais. Perdu dans mes pensées, je n’avais
dans la tête aucune destination précise, animé
par le seul désirer de faire quelques pas, seul, dans cette
nature en fleur. L’environnement avait un effet apaisant et
l’immense fardeau que je portais me paraissait soudain plus léger,
les pensées sombres que je ressassais me semblaient moins
présentes, et la douleur qui m’étreignait le poitrail
se faisait moins ressentir. Mon esprit était toutefois loin
d’être vide, pas même un tel jardin d’Eden n’ayant
le pouvoir de me donner enfin la paix, et je ne pouvais m’empêcher
de faire une nouvelle fois le point sur ma vie, mes actes, mes
erreurs….bref, sur Moi. Tout arrivait, comme à l’ordinaire,
de manière confuse : mes premières pensées,
les plus tenaces, étaient pour Elle, bien sur, puis de
nombreux doutes sur mon être et mon caractère unique
m’étreignaient, suivis de suppositions plus ou moins noires
quant à mon hypothétique avenir. Ensuite venaient
immanquablement les hypothèses et les règles que je
bâtissais sur mon entourage et l’Humanité en générale,
distançant de peu les mises en parallèle de ma propre
existence et de celle, qui me paraissait si différente, des
Autres. De cette comparaison je tirais la conclusion que j’étais
décidément un être étrange, puis son
visage s’ancrait de nouveau dans ma tête, tenace, amenant
avec lui la dernière pensée, la plus forte de toute :
la mort, la mienne pour être précis. J’en étais
arrivé à ce stade de mon cheminement intellectuel
lorsque la nature qui m’entourait se rappela soudain à mon
esprit. Je secouais brutalement la tête pour remettre un peu
d’ordre dans mes pensées et balayait de nouveau la verdure
ensoleillée du regard. Qu’il était stupide de se
laisser absorber par ce type de pensée par une telle
journée…J’entrepris de laisser mon esprit vide de tout
raisonnement inutile et me concentrait uniquement sur ma marche,
toujours tranquille, et le paysage qui m’entourait. Un oisillon se
pause sur la branche d’un chêne juste à ma gauche et
entama son gazouillement. J’esquissais un sourire en le regardant
puis laissait mon regard s’attarder sur le gazon verdoyant qui
commençait lentement à se recouvrir de boutons d’or.
Tout était si calme…

J’entendis la détonation
environ une demi-seconde avant que la balle ne vienne me frapper
l’arrière du crâne. Une douleur fulgurante passa comme
un éclair dans ma tête et je plaquais immédiatement
mes deux mains sur mes cheveux. Mes jambes devinrent soudain
extrêmement faible et je tombais lentement à mon genoux
tandis que je contemplais mes mains rouges d’un sang épais
que je sentais encore couler le long de ma nuque. Qui était le
tireur ? Je l’ignorais et, curieusement, je m’en
contrefichais : sans doute un de ces imbéciles parmi
tant d’autres qui jalousaient mon succès et ma réussite.
Une jolie bande de crétins qui s’en tenaient à la
partie immergée de l’iceberg, et qui étaient tous à
des années lumières de s’imaginer que j’aurais tout
donné pour être à leur place. Quand vous savez
qu’il ne vous reste qu’une fraction de secondes à vivre,
les idées s’enchaînent très vite dans votre
esprit : il m’avait fallu à peine quelques instants
pour trancher la question de l’identité du meurtrier, et
tandis que ma vue se brouillait de plus en plus (l’herbe ne formait
plus qu’un immense tapis vert extrêmement flou), des dizaines
d’images commencèrent à défiler devant mes
yeux. D’abord, je la vis Elle : ses cheveux blonds, son
sourire chaleureux et malicieux à la fois, ses yeux noirs, son
rire…je revis toutes les (rares) scènes que j’ai passé
en sa compagnie, toutes les phrases(même les plus anodines)
qu’elle m’a dite, puis les derniers mot que je lui ai dit alors
que je la voyais pour la dernière fois…Je revois aussi tous
mes petits succès, mes instants de « gloire »
publique et de déchéance privée, puis les
moments heureux, les fêtes, et tout le reste…Enfin je fais le
point sur la question qui me taraude le plus : ai-je réussi
à changer ? Suis-je parvenu à combattre l’inné
par l’effort, le travail et l'action ? Mon bilan est en
demi-teinte, puisque le regard que tous les autres portaient sur moi
a changé…tous les autres, sauf Elle. Et, à vrai dire,
c’était uniquement pour elle que j’avais voulu devenir
Autre…Un cri perçant. Je vois une femme accourir vers moi.
Je délire pendant une fraction de seconde avant de réaliser
dans le flou que ses cheveux sont bruns. Elle se penche vers moi mais
sa silhouette n’est déjà plus qu’une forme dont je
suis incapable de distinguer les détails. Je vois d’autres
personnes s’approcher mais leurs silhouettes sont de plus en plus
floues. De toute manière, je ne pense même pas à
eux : tous mes songes sont à présent dirigés
vers la même personne. Son visage est la dernière image
à se maintenir dans ma tête, puis tout devient noir.



2e essai :





J’ouvris lentement les yeux. Mes
paupières battirent plusieurs fois avant que mes pupilles
encore engourdies par le sommeil ne puissent y voir clair. La pièce
était baignée par la lumière du soleil de ce
mois de juillet : il devait déjà être 11h
passée. Je restais quelques instants à fixer le plafond
tout en étirant lentement mes bras, avant tourner la tête
vers la gauche. Charlotte était encore endormie. Ses cheveux
couleurs d’or formaient un enchevêtrement blond autour de son
visage et la faisaient ressembler à un ange. Sa respiration
était calme et régulière ; à en
croire son sourire généreux, elle devait faire un rêve
magnifique.

J’avais visiblement un peu trop tiré
sur la couverture durant mon sommeil, et ses épaules étaient
dénudées. Je la recouvris délicatement de peur
qu’elle ne prenne froid (quand on est amoureux, on ne réalise
pas à quel point ce type de pensée peut être
stupide en plein cœur de l’été), puis je me
laissais retomber sur mon oreiller tout en continuant de la
contempler d’un air bienveillant. Je pourrai rester des journées
entières ainsi, à la regarder dormir. Mon petit ange…tu
sembles tellement insouciante dans ses moments là…je te
vois presque comme un bébé quand tu dors de cette
manière…j’aime alors à me dire que tu es si faible,
que tu as tant besoin que l’on te protège, que je te
protège…et d’un autre côté, je sais
parfaitement à quel point cette pensée est stupide :
sous tes airs de petite fille toute gentille, tu as bien assez de
caractère pour te passer d’une quelconque protection…c’est
peut-être aussi pour cela que je t’aime tant. Fatalement, à
force de la contempler ainsi, je finis par ressentir une sensation de
chaleur dans le bas-ventre bien connue et plutôt agréable,
et, n’y tenant plus, je me penchais doucement vers elle et déposait
délicatement un baiser sur sa joue. C’est malin, j’allais
la réveiller, à tous les coups….ho, et puis peu
importe ! Il serait bientôt midi, il était tant
qu’elle se lève, cette petite marmotte ! Ses sourcils
se froncèrent légèrement tandis qu’elle
commençait lentement à émerger du sommeil, puis
elle étira lentement ses bras. Enfin, ses paupières
battirent pendant une fraction de seconde, et elle ouvrit les yeux.
Son regard vint immédiatement se poser sur moi. Elle sourit.

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 10:05

3e essai (c'est en fait le 2e chapitre d'un
livre que j'ai commencé à écrire il y a quelques mois et que je
continuerai quand j'aurai la motivation :s) :


Bref, j’ai fini par être
complètement perdu : j’avais le sentiment qu’aucun
avenir heureux ne m’attendait, que mon existence ne serait qu’un
long sentier gris et brumeux, dépourvu de tous les petits
bonheurs dont doit être faite la vie de couple, ce bien qui
peut sembler si commun aux autres mais dont je me sentais si distant…

Un soir où j’étais
particulièrement mal (on venait de m’annoncer que Charlotte
avait un nouveau petit ami….) j’allais au lit complètement
désespéré et, comme chaque fois dans ce genre de
situation, m’endormis aussitôt. Je plongeai alors dans un
rêve des plus étranges : j’étais un
boxeur, tout chétif, malingre et beaucoup plus petit que je ne
le suis en réalité, et je me tenais debout sur un ring
face à un type colossal et bodybuildé au possible. Nous
nous trouvions dans une immense salle, pleine à craquer de
supporters qui voulait visiblement ma mort, hurlant à tue-tête
des slogans tels que « achève le »,
« éclate lui sa sale gueule »,
etc…Naturellement, l’autre boxeur était bien plus fort que
moi et le combat était à sens unique : j’étais
incapable de parer ou d’esquiver le moindre de ses coups et il
était en train de me laminer la tête et le ventre. Je
sentais mon sang couler à flot sur mon visage et ma poitrine
tandis que la foule continuait d’encourager le salopard qui
continuait de s’en donner à cœur joie. Ca a durer une
minute à ce rythme là, le boxeur enchaînant les
droites et les gauches tandis que je ne ressentais même plus la
douleur tant mon visage était réduit en charpie. Puis,
un évènement improbable se produisit : je venais
de me prendre un énième coup de poing dans la figure
lorsque je perdis soudain tout contrôle sur mes membres,
tombant au sol dans un bruit flasque. Je compris que j’étais
sur le point de mourir et jetai un dernier regard à la foule
déchaînée, m’attendant à ne plus rien
entendre d’une seconde à l’autre, lorsque soudain tous mes
sens furent rendus : je voyais à nouveau parfaitement, je
sentais que mes muscles étaient de nouveau capables de me
répondre et je me sentais de nouveau capable de me tenir
debout. D’un bond, je me relevai pour faire de nouveau face à
mon adversaire qui, croyant m’avoir déjà achevé,
me fixa avec des yeux ronds. Mais alors, au lieu de tenter de le
frapper à mon tour, je me sentis contraint d’ouvrir la
bouche pour lui lancer une série de provocations :
« alors, gros tas, qu’est ce que t’attends ?
Vas-y frappe moi, t’as rien dans le ventre de toute manière… ».
Le visage du boxeur se tordit en un rictus de colère et une
tempête de coup s’abattit de nouveau sur mon visage. La
douleur revint, plus présente que jamais, mais, de manière
inexplicable, cela ne fit que me rendre encore plus goguenard et je
continuai de me foutre ouvertement de lui : « quoi,
c’est tout ? Même ma grand-mère frapperait plus
fort que ça…. ». Sa colère devenait de
plus en plus palpable, celle de la foule également : elle
grondait tel un ouragan, s’époumonant pour encourager mon
adversaire à me réduire en bouillie. Puis, brusquement,
tout disparut et je me réveillai brutalement.

Pffff, quel rêve idiot….Me
dis-je tout en me massant douloureusement le crâne. Bizarre, je
ne me souvenais pas avoir eu mal à la tête avant d’aller
me coucher…j’ouvris lentement les yeux pour savoir combien de
temps il me restait à dormir avant de me lever pour aller au
lycée. Je restait perplexe : j’eu beau scruter les
ténèbres autour de moi, les chiffres rouges de mon
radio-réveil demeuraient introuvable. Encore une coupure de
courant ? Tous des branleurs chez EDF….je me redressai pour
attraper ma montre qui devait en toute logique se trouver sur ma
table de chevet, et laisser échapper un cri de stupeur. Ce ne
fut pas le duvet de mon matelas que je sentis sous la paume de mes
mains, mais la froideur agressive d’une dalle en marbre. Je me
relevais d’un bond et balayait les alentours du regard. Ou est ce
que je me trouvai ??? Des ténèbres d’un noir de
jais régnaient tout autour de moi et je ne pouvais absolument
rien distinguer. J’entrepris de me relever en prenant appui avec
mes mains sur le sol humide, lorsque soudain un rayon de clarté
illumina les alentours. C’était la lune, à son 3e
quartier, qui venait de surgir de derrière un nuage. Ainsi mes
craintes se confirmaient : j’étais dehors, dans la rue,
complètement peaumé, sans la moindre idée de
l’endroit où je pouvais me trouver ni de la façon
dont j’avais atterri ici. J’étais complètement
abasourdi par l’enchaînement brutal des évènements
et je n’arrivai plus à remettre de l’ordre dans mes
pensées. La lumière offerte par le clair de lune me
permit d’en savoir un peu plus sur les lieux : je me trouvais
dans une petite ruelle aussi sombre qu’étroite, bordée
par des murs épais et apparemment aussi vieux qu’Elizabeth
II. Le sol était constitué d’un enchaînement de
dalles en marbre et, derrière moi comme devant moi, la ruelle
semblait se poursuivre de façon interminable. La lune disparut
de nouveau derrière les nuages et tout redevint sombre.
Brusquement, la fatigue dû à mon réveil difficile
se dissipa et je commençais à paniquer pour de bon,
comme on l’est d’ordinaire face à l’inconnu. Je criais
d’une voix étranglée :

« Hého ! Y a
quelqu’un ??????? »

Un silence de mort plana durant
quelques secondes, puis un grognement sourd semblable à celui
d’un ours qu’on vient de réveiller de son hibernation me
répondit. A la fois soulagé par l’idée de
pouvoir tomber sur quelqu’un à qui je pourrai demander des
explications et effrayé par la perspective qu’il pourrait
s’agir d’un type pas franchement coopératif (pour être
capable de camper dans un endroit pareille au cœur de la nuit il ne
fallait déjà pas être très clair dans sa
tête), je m’avançais vers l’endroit d’où
j’avais entendu la réponse, l’estomac noué.

« Y a quelqu’un ? »

Repris-je d’une voix que je voulais
un peu plus assurée.

Un second grognement se fit entendre,
suivi d’un bruit de verre brisé à quelques mètres
devant moi. Sans réfléchir, j’avançais à
pas rapides dans cette direction, hâté d’en finir avec
cette insupportable angoisse de l’inconnu. Je n’avais pas fait
trois pas que mes jambes heurtèrent violemment quelque chose
qui gisait sur le sol (on ne pouvait à présent plus
rien discerner dans la pénombre ambiante) et je m’écroulais
violemment sur les pavés, la tête la première. Je
mis quelques secondes à reprendre mes esprits et entreprit de
me redresser lentement, tout en passant une main sur ma lèvre
et mon nez qui saignaient légèrement. Brusquement,
j’entendis quelque chose bouger juste derrière moi, suivi
d’une série d’insultes et de protestations prononcées
d’une voix rauque et agressive. Je me retournai sur-le-champs et
sentis la présence d’un homme à quelques centimètres
de moi. Il faisait toujours aussi sombre et j’étais
incapable de discerner ses traits et sa taille, mais quoiqu’il en
soit je n’en menais pas large. A en croire sa voix il s’agissait
visiblement d’un clochard complètement ivre qui m’en
voulait à mort d’avoir troublé son sommeil…

« Qu’est ce que c’est ? »

Dit l’homme sur un ton qui tenait
plus de l’ours qu’on venait de tirer de son hibernation que de
l’être humain. Puis, brusquement, je sentis une paire de
mains me saisir brutalement au cou et me plaquer violemment contre le
mur qui se trouvait juste derrière moi. Le type m’étranglait
à moitié et je me débattis violemment pour me
dégager, mais il maintenait sa prise avec force et je ne
parvins qu’à lui filer quelques coups de pied dans le vide.
L’homme attendit patiemment que je cesse de me débattre,
puis je sentis à l’odeur d’alcool à brûler
qu’il approchait son visage du mien. Soudain, la lune jaillit de
nouveau de derrière un nuage et je pu sans aucun mal discerner
les traits de l’agresseur. Mon cœur manqua de s’arrêter de
battre tandis que la stupeur me gagnait tout entier. C’était
tout bonnement impossible. Je devais nager en plein délire.
Peut-être bien que je ne m’étais tout simplement pas
encore réveiller ? Mon esprit refusait tout bonnement de
croire ce que mes yeux lui montraient. Ce visage, je l’avais vu des
milliers de fois dans mon miroir. Même si il semblait plus âgé
d’une trentaine d’années, je n’avais aucun mal à
le reconnaître. Ce visage, c’était le mien.

Comme si l’idée que j’étais
en train de me faire étrangler par moi-même lui
paraissait tout simplement trop folle pour être envisageable,
mon corps semblait complètement paralysé et je ne
parvenais plus à esquisser le moindre mouvement. Lorsque mon
esprit se fut quelque peu remis du choc et que mes rouages
recommencèrent à fonctionner, je réalisais que
le type qui avait mon visage avec 30 ans de plus ne semblait pas du
tout se rendre compte de la situation. Soit il était trop
bourré, soit y avait longtemps qu’il ne s’était pas
regardé dans un miroir, soit il s’agissait d’un pur
produit de mon imagination, toujours est-il qu’il m’adressa la
parole comme si de rien n’était.

« Dit donc gamin, tu sais
que le vieux Billy n’aime pas bien qu’on vienne l’emmerder
quand il cuve son whisky ?? »

Je tentais d’articuler :
« Lâchez moi, vous m’étranglez »
mais la façon dont il enserrait ma gorge m’empêcha de
prononcer autre chose qu’une série de sons
incompréhensibles. L’autre paru cependant comprendre et
bafouilla quelques excuses avant de me laisser retomber au sol. Je
pris le temps de reprendre mon souffle et me massais douloureusement
la gorge avant de me redresser et de tenter de remettre un semblant
d’ordre dans mon esprit. Ok, je venais de me réveiller dans
une ruelle sombre en pleine nuit avec un type qui me ressemblait
méchamment, à ceci près qu’il devait approcher
de la cinquantaine, mais soit…pas de quoi paniquer pour autant.
J’allais sans aucun doute me réveiller d’une minute à
l’autre et je pourrais alors rire gaiement de ce mauvais rêve.
La voie bourrue du clochard me tira subitement de mes pensées.

« Hé, gamin, si tu me
disais un peu ce que tu fiches ici à une heure pareille ??? »

Visiblement, son agressivité
semblait un peu retombée et il avait désormais envie de
faire causette…

Prenant le parti que l’incroyable
ressemblance que ce type manifestait par rapport à moi n’était
sans doute qu’une (incroyable, certes) coïncidence, je lui
répondis sur un ton un peu plus ferme qu’auparavant.

« Hum…je pourrais vous
retourner la question. »

« Moi ?? Mais je fais
ce que je fais depuis que je suis à la rue mon p’tit gars :
je cherche un coin pépère pour désaouler sans me
faire chasser par les poulets…c’est la place des brebis galeuses
dans mon genre, j’vois pas c’qu’y d’étonnant là
dedans…mais c’est pas la place d’un jeune de ton âge, la
rue, pour piquer un somme… »

J’étais malheureusement bien
incapable de lui fournir la moindre explication puisque je n’avais
pas moi-même la moindre idée de ce que je foutais ici.
Je décidais donc de répondre à sa question par
une autre.

« Depuis que vous êtes
à la rue…combien de temps, exactement ? »

« Boarf, y a en longtemps
que j’ai cessé de compter les années, mais puisque ça
t’intéresses…a ton âge, ma vie était déjà
fichue toute manière…je crois bien qu’on peut dire que je
suis à la rue depuis mes 20 ans… »

Il s’empara d’une bouteille de jin
qui traînait dans une poche de son pardessus et en vida la
moitié d’une seule gorgée.

« Héhé, ça
m’arrive de me dire ça, aussi, quelque fois…. »

Le clodo me jeta un regard mi-méfiant,
mi-compatissant, puis vida ce qui restait de sa bouteille avant de
l’envoyer se fracasser contre le mur de la ruelle.

« Pffff…déprimes
d’ado bourré d’hormones, rien de plus…j’en ai vu des
dizaines, mon p’tit gars, des comme toi : un jour ça se
lamente sur son sort en parlant de se suicider, le lendemain ça
trouve l’existence trop belle et trop courte à la
fois…crois-moi, mon expérience n’a rien en commun avec la
tienne. Tu n’es qu’un gosse parmi tant d’autres. Moi, je ne
l’ai jamais été. »

Plus le type parlait, et plus j’avais
l’impression de m’entendre penser dans mes moments de déprime.
C’était une impression assez désagréable que
de me dire que mon esprit bâtissait les mêmes
raisonnements que celui d’un clochard alcoolique.

« Vous êtes loin
d’être la seule victime de la société
moderne…les rues sont pleines de SDF exclus malgré eux du
système et qui n’ont pas su s’y réintégrer… »

Le type entra alors soudainement dans
une colère noire et se mit à vociférer tout en
pointant son index droit dans ma direction.

To be continued

ps
: j'ai jamais fait lire ce que j'écrivais à perosnne, donc c'est
surement assez nul, surtout comparé aux autres textes proposés.
Désolé...

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par pilla le Jeu 3 Juil - 11:05

j'aime beaucoup même si j'ai du mal à saisir l'ordre de ce que tu appelles tes 3 essais : chronologique ? aléatoire ? rien à voir ?

quand bien même quelques fautes d'orthographes trainent ça et là (mais bon on en est tous là ^^) je trouve ton style fluide, facile à lire et le fond m'intéresse décidément beaucoup, et cette phrase notamment : "mes instants de "gloire" publique et de déchéance privée", je la trouve géniale autant dans son contexte (qui demeure assez flou ceci dit... mais peut-être en saurons-nous plus dans un prochain post !) que prise indépendamment.

tout ça pour te dire enfin que ton "Désolé..." de la fin n'a pas lieu d'être ! plus encore : je compte sur toi pour retrouver la motivation d'écrire la suite !

j'aimerais savoir : le personnage du 1er essai est-il le même que celui des 2 autres ?
aussi quand j'ai vu la mention du lycée, je n'ai pu m'empêcher de me poser la question : quelle est la part d'autobiographique dans ce que tu as écrit ?
ah oui : "bodybuildé"... je savais pas que ça existait !

pilla
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Jeu 3 Juil - 19:04

D'abord merci pour ce poste, il me fait énormément plaisir (je
n'éxagere pas) : comme je te l'ai dit c'est la 1ère fois que je montre
ce que j'écris à quelqu'un et avoir un premier avis positif est très
encourageant =). Merci encore.

pilla a écrit:j'aime beaucoup même si j'ai du mal à saisir l'ordre de ce que tu appelles tes 3 essais : chronologique ? aléatoire ? rien à voir ?


Euh non là pour le coup je les ai numérotés ainsi tout à fait au hasard, la numérotation n'a aucune importance =)

quand bien même quelques fautes d'orthographes trainent ça et là (mais bon on en est tous là ^^) je trouve ton style fluide, facile à lire


Désolé pour l'ortographe, je sais que j'ai encore quelques problèmes à ce niveau là, pourtant je me relis mais je fais toujours des erreurs d'inatention :s. Merci pour le compliment sur le style Smile

et le fond m'intéresse décidément beaucoup, et cette phrase notamment : "mes instants de "gloire" publique et de déchéance privée", je la trouve géniale autant dans son contexte (qui demeure assez flou ceci dit... mais peut-être en saurons-nous plus dans un prochain post !) que prise indépendamment.


Là aussi je suis à la fois heureux et surpris que tu trouves le fond intéressant : comme ces écrits parlent essentiellement de moi j'avais justement peur que le lecteur les trouve trop éloignés de lui pour s'y intéresser :s. Je t'avoue que j'avais hésité sur la formulation de cette phrase mais visiblement j'ai eu tort ^^

tout ça pour te dire enfin que ton "Désolé..." de la fin n'a pas lieu d'être ! plus encore : je compte sur toi pour retrouver la motivation d'écrire la suite !


Je m'y met dés ce soir ^^. Mais les 2 1ers textes n'auront pas de suite (pas prévus pour).

j'aimerais savoir : le personnage du 1er essai est-il le même que celui des 2 autres ?
aussi quand j'ai vu la mention du lycée, je n'ai pu m'empêcher de me poser la question : quelle est la part d'autobiographique dans ce que tu as écrit ?
ah oui : "bodybuildé"... je savais pas que ça existait !


Les 2 personnages des premiers essais sont des "moi" fictifs. Le 3e est une fiction qui démarre sur un récit autobiographique. Quoiqu'il en soit je prête à ces personnages (qui n'en sont en fait pas vraiment) mes pensées, mes actions, etc...
Euh bah maintenant que tu le dis je suis pas sur non plus pour bodybuildé mdr mais j'aime bien ce terme ^^

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Camille le Mer 16 Juil - 22:46

Mêmes commentaires que Pilla, concernant la fluidité de ton style, qui rend la lecture agréable, prenante, notamment dans la troisième partie.

Mais ce n'est pas seulement par ce que ton écriture semble être une pensée continue, à l'état pure, qu'elle est plaisante à lire et qu'on y entre facilement ( mêlant les réflexions métaphysiques, la poésie et les touches plus familières), mais c'est parce que les sujets que tu traites, les aléas de la mémoire et des sentiments qui sont effectivement universels, nous sont tous connus et qu'ils trouvent tous échos en nous, bien que différement et dans d'autres contextes.

Contrairement à la précaution que tu prends et qui es toute à ton honneur, de te défendre de narcissisme en retranscrivant ces textes - ce qui touche chacun qui pars de ses expériences vécues pour écrire - tes textes vont au-delà, et je dois t'avouer une légère préférence pour le deuxième.

Néanmoins, malgré quelques coquilles , je te conseillerai une mise en forme un peu moins massive, plus aérée, même si, je le répète, tes textes se lisent très facilement.

Donc je me joins à Pilla pour t'encourager à continuer, et à nous livrer notamment la suite de ta troisième rêverie. Parce que plus que des essais, des récits, ce que tu écris relève bien d'une forme de poésie affranchie des frontières du journal intime et de la nouvelle. En jouant sur les temps, les souvenirs, les pensées et les illuminations, tu plonges, encore avec quelques maladresses mais avec l'aisance dans un poisson dans l'eau, dans les eaux de l'inconscient. Vivement la suite!

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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Jeu 17 Juil - 10:02

Merci à toi aussi ce que tu me dis me touche beaucoup et, je dois l'avouer, dépasse totalement mes ésperances ^^. Je n'ai pour l'instant pas pu continuer pour cause de départ en vacances décidé à la dernière minute mais maintenant je devrais pouvoir m'y mettre =)

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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 18:27

La suite de mon texte est en cours, en attendant en voici un autre que j'ai rédigé :


Berlin était en flammes. C'était
désormais au tour du cœur de mon pays, que je chérissais
tant, de saigner à n'en plus finir. Partout autour de moi, les
cris et les hurlements déchirants se mêlaient sans
discontinuer au vacarme des tirs d'artillerie et de mitrailleuse. La
foule fuyait en tout sens, les berlinois cherchant à fuir un
péril auquel ils n'échapperaient pas. Les alliés
avaient dores et déjà encerclé la capitale et
donné l'assaut aux banlieues proches. Les bombardements incessants
réduisaient peu à peu la ville en cendre tandis que
logements, bâtiments historiques et édifices religieux
subissaient sans distinction le courroux de la Royal Air Force.





Sans prêter aucune attention ni
aux bombes qui pleuvaient, ni aux gens qui courraient en tout sens
tout autour de moi, je courrais aussi vite que mes jambes me le
permettaient à travers les rues de la ville dévastée.
A l'heure actuelle, j'étais censé assurer les dernières
défenses avec mon peloton, mais le chaos était tel
que les ordres du Führer n'étaient nulle part suivis à
la lettre, et mes hommes avaient de toute manière tous quitter
ce monde. Étrangement, cela ne me faisait désormais
plus aucun effet de voir cette Allemagne que j'avais tant aimé,
chéri et admiré être ainsi dévastée
: mon rêve allemand était terminé, j'avais cessé
de ramener toute mon existence à ce pays et mes émotions
d'autrefois avaient repris le dessus. Désormais, je n'aspirais
plus qu'à une chose : la revoir Elle. M'assurer qu'elle allait
bien. Lui dire adieu. Lui venir en aide, qui sait ? Quoiqu'il en
soit, toutes mes pensées étaient orientées vers
ce seul but : la retrouver. Je ne l'avais plus revu depuis le début
de la guerre, j'en venais à me demander si elle avait pensé
à moi ne serait-ce qu'une seule fois durant ces 6 années.
J'avais toutefois le souvenir de l'adresse de son lieu de résidence,
qui se situait à plusieurs kilomètres du centre de
Berlin dans lequel je me trouvais actuellement. Je devais faire au
plus vite : à chaque seconde qui passait, les alliés se
rapprochaient, et je savais pertinemment qu'ils ne laisseraient sur
leur passage que des hommes morts, des femmes violées et des
enfants orphelins.






« Heinrich ! Heinrich, aide
moi, je t'en prie ! »

Une voix de femme me tira brusquement
de mes pensées et me fit stopper ma course du même coup.
Je tournais la tête dans sa direction et la reconnut aussitôt.
Même si, durant les quelques mois qui s'étaient écoulés
depuis notre dernière entrevue, ses traits s'étaient
amincis sous le coup de la peur et des privations, Léa n'avait
rien perdu de son charme et de sa douceur, Je m'approchais d'elle et
lui prit le visage entre mes mains pour essuyer les larmes qui
coulaient abondamment sur ses joues. Elle me serra aussitôt
dans ses bras et colla son visage contre ma poitrine en sanglotant :





« Heinrich, ils vont tous
nous tuer...que ce soit les russes ou les américains, ils
n'ont aucune pitié pour les civils, et encore moins pour les
militaires...»

Elle releva vers moi un visage
suppliant et baigné de larmes.

« Ne t'inquiètes pas...tu
vas t'en sortir, on va s'en sortir, je te le promet.

« Mais comment ? Toute la ville
est encerclée... »

« J'ai ma petite idée pour
s'en sortir, essaye de regrouper le maximum de personnes auxquelles
tu tiens et retrouve moi près de l'ancien Reichstag dans une
vingtaine de minutes. »

« Comment ? Tu ne viens pas avec
moi ?» dit-elle sur un ton implorant,

« Non, pas encore, il me
reste une dernière chose à régler ici, ensuite
on pourra s'enfuir, fait-moi confiance. »

« T...tu veux essayer de la
retrouver ? »

Je ne répondis pas. C'était
inutile. Ses larmes cessèrent soudain de couler et sa voix
monta d'un ton sous l'effet de la colère,

« T'es complètement
dingue !! Tu ne sais même pas si elle est toujours en vie ! Je
n'ai plus eu de nouvelles d'elle depuis qu'ils sont aux portes de
Berlin... »

« Raison de plus pour que
j'y aille. »

« Est-ce que tu t'imagines
ne serait-ce qu'une seule seconde qu'elle ferait la même chose
pour toi ? »

Une fois de plus, je m'abstins de
répondre. Elle poussa un profond soupire et me lança un
regard ou se lisaient à la fois la pitié et la
compassion. Nous restâmes ainsi quelques instants, puis je
décidais de rompre ce silence gênant en changeant de
sujet.

« Au fait...Franz n'est pas
avec toi ? »

Elle eut un hoquet douloureux et
s'arrêta quelques secondes avant de reprendre.

« Il est mort...dans les
Ardennes...quelques jours après notre dernière
entrevue. »

Elle étouffa un sanglot, et je
vis qu'elle se retenait de ne pas fondre en larme.

« Ho...je suis navré,
je... je l'ignorais complètement... »

Elle fit un geste négligent de
la main qui signifiait « ne t'en fais pas ».

« Bon... si je veux avoir
une chance de la retrouver, il faut que je parte, tout de suite... je
te retrouve au Reichstag. Attend moi là-bas. »






Je tournais ensuite les talons et
partit en courant dans la direction opposé, sans un regard un
arrière, mon Karabiner 98k fermement serré dans ma main
droite. Je sentis ses yeux braqués sur ma nuque jusqu'à
ce que je sois en dehors de mon champs de vision. Je courus comme si
le diable était à mes trousses pendant près de
trois kilomètres, et au fur et à mesure que je me
rapprochais des lignes alliées et de la demeure de celle que
j'aimais, les bâtiments ressemblaient de plus en plus à
des tas de ruine, et les cadavres jonchant les rues se faisaient plus
nombreux que les vivant les arpentant, jusqu'à ce que je
finisse par me retrouver quasiment seul.

Malgré le chaos qui régnait,
je reconnaissais les lieux sans trop de peine : il ne me restait plus
que 500 mètres environ à parcourir et je serai arrivé
à destination.






« Herr Unterschturmführer
!!!!! »

Une voix tonitruante me fit stopper
brutalement ma course, furieux : je ne pouvais me permettre de perdre
encore du temps...

Un officier de la SS, dans un uniforme
impeccable, jaillit d'un bâtiment en ruine qui se situait sur
ma gauche et m'apostropha en hurlant comme un possédé,
les veines de son cou se tendant comme des cordes à piano.

« Herr Unterschturmführer,
pourquoi diable n'êtes vous pas à votre poste ????
Toutes les unités sont réquisitionnées pour
défendre le centre de la ville et le bunker ou réside
notre Führer ! Cette zone-ci a été évacuée
! »

« Dans ce cas, que faites
vous ici, Herr Öberschturmführer ? Pensez-vous pouvoir
stopper l'avancée des judéo-bolcheviques à vous
tout seul ? »

L'Öberschturmführer me
regarda avec des yeux de merlan frit, comme si je venais de lui
annoncer que j'étais le grand schtroumpf en visite à
Tombouctou. Il n'était visiblement pas habitué à
ce que l'on discute ces ordres, encore moins à ce qu'on lui
réponde. »

« ALL SCHNAUTZE ! Vous allez
venir immédiatement avec moi, ou ce sera le conseil de guerre
!!! »

« Quelle guerre ? Elle est
perdue, la guerre ! »

Le visage de l'officier s'empourpra
encore plus, virant au rouge tomate, tandis qu'il attrapait le
pistolet mauser C 96 accroché à sa ceinture et le
pointait vers mon visage.

« Suivez-moi, où je
vous abat sur le champs... »






Je ne pouvais me permettre de suivre
cet abruti, où toutes mes chances de revoir C. vivante
s'envoleraient du même coup. Je redressais brusquement le
Karabiner que ma main droite tenait toujours avec fermeté, en
soutint le canon avec ma main gauche tandis que mon autre main se
refermait sur la poignée, et tirait à bout portant sur
le SS.

La balle lui perfora le bas ventre dans
un bruit sourd et il s'effondra du même coup, une expression de
surprise figée à jamais sur son visage. Il y a quelques
mois, un tel geste aurait signée mon arrêt de mort, mais
tout semblant d'organisation avait aujourd'hui quitté la
Vermacht, et je me souciais de toute façon très peu de
mon avenir. Une seule chose m'importait : la revoir.






Je repris ma course effrénée,
laissant là le cadavre de l'officier. Par chance, je ne
rencontrais aucun autre obstacle sur ma route et finit enfin par
déboucher sur l'Allée de la Place Verte. Le bruit de
fond que constituaient les bombardements des pièces
d'artillerie alliées se faisait plus assourdissant que jamais,
et mes tympans menaçaient d'exploser sous la violence des
ondes. Toutefois, je n'y prêtais absolument aucune attention,
tout occupé que j'étais à chercher l'allée
numéro 4. Je la trouvais en quelques minutes à peine :
la porte était sortie de ses gonds et l'entrée était
dans un foutoir indéfinissable, les affaires s'y entassant
comme si tous les résidents de l'immeuble avaient fui les
lieux en y laissant la moitié de leurs bagages. Inquiet, je
gravis quatre à quatre les 2 étages qui me séparaient
de son appartement et sonnait plusieurs fois à la porte. Pas
de réponse. Sans hésiter, je reculais de quelques pas
avant de foncer sur la porte, l'épaule droite en avant. Elle
cèda d'un seul coup sous la violence du choc et je tombais à
plat ventre dans le vestibule. Me relevant d'un bond, je balaillais
la pièce du regard : des affaires en vrac trainaient dans tous
les coins et un ou deux meubles avaient été renversés.
Je serrais les poings de rage : ils étaient partis. J'arrivais
trop tard.




Je fis rapidement le tour de l'appartement afin de
m'assurer que tout était bien perdu, mais çà mon
grand désespoir toutes les autres pièces étaient
dans le même état. Je m'apprêtais à quitter
les lieux, la mort dans l'âme, lorsqu'une photographie posée
sur un petit buffet en bois, dans l'entrée, attira mon
attention. On l'y voyait, Elle, souriante, aussi ravissante que la
dernière fois que je l'avais rencontrée, serrant ses
deux enfants avec amour dans ses bras. Ils souriaient eux aussi et le
soleil baignait l'ensemble de la scène, qui semblait avoir été
prise dans un jardin fleuri et luxuriant. Une telle impression de
joie et de douceur se détachait de cette photographie que je
sentis malgré moi un large sourire se dessiner sur mon visage.
Délicatement, je pris le cadre dans lequel celle-ci se
trouvait et le mit dans la poche intérieure de la veste de mon
uniforme gris. En quittant pour de bon l'immeuble abandonné,
la sensation de bonheur se dissipa rapidement tandis que je réalisais
que cette photo serait sans doute la seule chose qui marquerait sa
présence au sein de ma vie désormais.







Toutefois, il n'y avait plus de temps
pour la nostalgie : je devais retrouver Léa au Reichstag dans
moins d'une dizaine de minutes et, au vue des tirs de mitrailleuse
qui se faisaient de plus en plus intense, les alliés n'étaient
plus très loin de ma position.






Tandis que je repartais aussi vite que
mes jambes me le permettaient dans la direction opposée, les
pensées s'enchainaient à toute vitesse dans mon esprit.
Comment en était-on arrivé là ? Par quel funeste
destin la femme que j'aimais depuis si longtemps se trouvait-elle
ainsi écartée de ma vie, peut-être pour toujours
?

Du même coup, la guerre à
laquelle j'avais participé, qui avait longtemps été
pour moi une planche de Salut, devint soudain ma pire ennemie :
c'était sa faute si Berlin était aujourd'hui un tas de
ruine. C'était sa faute si je devais ne plus jamais revoir C.
. C'était sa faute si cette dernière était, à
l'heure actuelle, peut-être blessée, ou pire encore.
C'était sa faute si tant de Berlinois et d'allemands étaient
morts et allaient mourir aujourd'hui.






Mais qui avait donc voulu cette foutue
guerre ?


Je l'avais voulue : à l'heure
où, âgé de 23 ans, je rougissais de ma chasteté,
de ma pauvreté et me languissait dans ma vie monotone et
inintéressante, elle avait été pour moi un moyen
de faire preuve d'héroïsme, de gagner l'admiration des
autres, et de me trouver une véritable utilité
sociale.

Nous l'avions tous voulue : le peuple
allemand n'avait pas digéré l'humiliation du traité
de Versailles et les terribles années de privation qui avait
suivi le terrible Novembre 1918.

Surtout, tu l'avais voulue, toi, Adolf
Hitler. Longtemps, je t'ai écouté, compris, admiré,
pire, identifié à toi : nous avions tout deux subi un
échec et une déception dans notre vie, et la haine nous
avait semblée une alternative alléchante à
l'affliction. Désormais, je me demande comment j'ai pu
combattre sous tes ordres : ta folie nous a tous conduit à la
ruine, cette Allemagne à laquelle je me suis identifié,
qui comme moi est tombée de haut, qui comme moi s'est relevée
de façon spectaculaire, tu n'as fait que la conduire à
sa perte. Tu n'es qu'un clown doublé d'un crétin, et je
te hais désormais de tout mon être, Hitler. Je te hais
et te souhaite une mort lente et douloureuse entre les mains des
alliés.


Dernière édition par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 18:29, édité 1 fois

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Sam 19 Juil - 18:28

J'avais couru à toute vitesse en
ressassant ces sombres pensées, si bien que j'arrivais au pied
de l'ancien Reichstag quelques minutes avant l'heure prévue.
Léa m'y attendait déjà, entourée de ses
proches et de quelques amis.



Aussitôt qu'elle me vit, elle
accourut vers moi, mais l'expression de mon visage la dissuada de
poser toute question sur le résultat de mes recherches.

« Tu...tu crois vraiment
pouvoir nous faire sortir d'ici ? Les alliés ont déjà
commencer à envahir la bordure du centre, toute la ville va
tomber, ce n'est plus qu'une question d'heure ou de jours... on
raconte même qu'Hitler a mis fin à ses jours ! »

« Fait moi confiance, je
t'ai promis de te faire sortir d'ici, et je le ferai. »

La place était envahie de
civiles qui s'agitaient en tous sens et de militaires qui hurlaient
des ordres incompréhensibles.

« Mais...comment pourrions
nous traverser les lignes alliées ? C'est impossible ! »

« Je t'ai dit que tu allais
t'en sortir, pas que tu allais sortir de la ville. »

« Mais enfin... »

Je pris son visage entre mes mains et
plaquait mon regard dans le sien, puis je lui expliquais calmement et
distinctement ce que j'avais en tête. Elle m'écouta sans
broncher, pendant plusieurs minutes, se contentant de quelques
hochements de têtes espacés pour m'indiquer qu'elle
était d'accord. Lorsque j'eus finis, un sourire éclaira
son visage pour la 1ère fois aujourd'hui, puis elle me prit
les mains et me remercia à plusieurs reprises. Après
cela, je l'embrassais tendrement sur la joue.

« A bientôt... »

« Tu ne viens pas avec nous
?? »

Elle avait prononcé cette phrase
sur un ton qui ressemblait plus à de la résiliation
qu'à une véritable interrogation.

« Tant que la guerre ne sera
pas terminée, je devrais continuer à défendre
ctete ville...c'est mon devoir. »

« Tu ne la reverras pas. Du
moins pas ici. »

« Je le sais. »

« Bien, dans ce cas...à
bientôt. »






Elle étouffa un sanglot, puis
partit sans se retourner, suivie de près par tous ses proches.

Je les regardais s'éloigner,
puis attrapait le fusil que j'avais pendu à mon épaule
et le garnit d'un nouveau chargeur. Une fraction de secondes plus
tard, un officier brandissant un mégaphone hurla que les
forces alliées venaient d'effectuer une percée près
du Führerbunker. Tous les hommes disponibles étaient
tenus de s'y rendre sur le champs. Sans hésitation, je me
joignis à un peloton qui partait en courant pour le front.
Nous arrivâmes sur place en quelques minutes : les combats y
faisaient rage, les soviétiques se heurtant à la 11e SS
Division « Nordland » qui, bien qu'en nette
infériorité numérique, défendait le
terrain avec acharnement. Les renforts issus de la Vermacht que nous
constituions ne représentaient qu'un soutien ridicule par
rapport à l'océan déferlant que constituaient
les forces soviétiques, mais nous fûmes néanmoins
accueillis par des acclamations de la part de nos camarades de la SS.
Je rejoignis rapidement un ensemble de combattants qui se révéla
être le groupe de combat Charlemagne, composé d'environ
300 volontaires français. J'épaulais aussitôt mon
fusil, prit calmement le temps de viser, puis ouvrit le feu à
plusieurs reprises. Je n'étais qu'à une cinquantaine de
mètres des lignes ennemies, si bien que je pouvais sans trop
de difficultés discerner le visage des hommes sur qui je
tirais. A ce moment précis, ce n'était pas de la haine
que je ressentais pour eux : certes, ils avaient mis ma ville, mon
pays et mon peuple dans un état proche du pathétique,
mais ils étaient, tout comme moi, de simples hommes contraints
de se battre par les autorités de leur état. Maintenant
que la fin approchait, je me dit pour la 1ère fois que la
guerre était vraiment une chose stupide : c'était donc
à cela que j'avais consacré ma vie durant 6 années
consécutives ? Comment avais-je pu trouver un quelconque
héroïsme, une quelconque gloire, un quelconque plaisir
dans cette tuerie aussi futile que sanglante ? J'étais parti
tuer des hommes que je ne connaissais pas, eux-même au service
d'autres hommes que je ne connaissais pas, pour le compte d'autres
hommes que je n'avais jamais rencontré. J'avais délaissé
amis et famille pour devenir une machine à tuer. Désormais,
je ne ressentais plus aucune fierté à être
lieutenant dans la Vermacht. Je me contentais de faire la seule chose
que je savais maintenant faire, en espérant que tout cela
finisse au plus vite.




Les balles sifflaient tout autour de
moi, des hommes tombaient en se tordant dans tous les sens, des
explosions retentissaient les unes après les autres dans un
tonnerre assourdissant, les officiers hurlaient leurs ordres, que
plus personne n'exécutait, mais je ne prêtais aucune
attention à toute cette agitation. Imperturbable, je
continuais à tirer sur les soviétiques comme si leurs
tirs sifflant à mes oreilles devaient ne jamais m'atteindre.
J'en abattis plusieurs, je tirais de nombreux coups dans le vide, je
vis beaucoup de mes camarades mourir. Enfin, quelque chose me tira de
la sorte de transe dans laquelle je me trouvais :



« ACHTUNG HERR
UNTERSCHTURMFÜHRER ! ACHTUNG ! »

Un missile fonçait droit sur
moi. Je plongeais de côté pour l'éviter et
parvint ainsi de justesse à ne pas être réduit en
morceaux. Le missile continua sa course et vint frapper un camion de
munitions situé une dizaine de mètres derrière
moi. Je vis l'explosion se propager de façon spectaculaire en
une fraction de secondes, tous mon corps me fit subitement
horriblement mal, puis tout disparut.






Lorsque j'émergeais avec
difficulté de l'inconscience (je n'ai aucune idée du
temps qui s'était écoulé depuis l'explosion qui
m'avait assommé et projeté au sol), je sentis qu'un
corps était penché sur moi. J'ouvris subitement les
yeux. Un homme, qui à l'évidence me croyait mort, était
en train de me fouiller. A en croire son uniforme, son visage hirsute
et son haleine chargée de Vodka, il s'agissait d'un soldat de
l'armée rouge. Il tenait dans ses mains l'une des photos de C.
que je gardais à l'abri dans la poche intérieure de mon
uniforme et la dévisageait avec gourmandise. En voyant ce porc
poser ces mains ignobles sur la femme de ma vie, mon sang ne fit
qu'un tour. Retrouvant brusquement mes forces, je hurlais :

« LACHE CA TOUT DE SUITE
!!!!! » tout en lui enserrant le cou de mes deux mains. Le
visage du russe adopta une expression de surprise, puis j'eus tout
juste le temps de sentir le canon de son arme se plaquer sur mon bas
ventre. Le coup résonna avec violence dans la totalité
de mon être, puis tout devint noir.




Perdu. Sonné. Mal au crâne.
Délire. Sursaute. Fièvre. Où suis-je ? Rêve.
D'Elle, de moi, d'Eux, de Lui. Délire. Tremble. Pensées
s'enchaînent. Suis-je mort ? Je ne devrais plus penser à
rien. Voyage. Vois des archipels sidéraux, des îles
millénaires, des océans infinis et des dépouilles
de Léviathans en décomposition. Perd la tête.
Douleur, douleur, douleur. Ivresse. Agitation. Inconscient.
Destination finale ??? Ouvre les yeux !!!!!!





Je repris
brusquement connaissance, mais il me fallut plusieurs minutes pour
reprendre totalement mes esprits. Je perçus une agitation
intense tout autour de moi : des infirmières se mouvaient
rapidement dans toute la pièce, des blessés criaient,
des médecins dialoguaient. J'étais étendu sur
une civière et enveloppé dans un drap médical
blanc. Mon côté droit me faisait horriblement mal.

Je sentis soudain
une présence tout près de moi : une infirmière
s'était approchée et penchait désormais son
visage vers le mien. Elle avait un doux visage bienveillant et
malicieux à la fois, et ses cheveux blonds bouclés la
faisaient ressembler à un ange.

« Are you ok ? »

Je lui souris et
étirais lentement mes bras. Le soleil surgit de derrière
un nuage et baigna la pièce de sa lumière.

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Camille le Mar 26 Aoû - 19:11

On pourrait presque le nommer aussi " il est 15h29, tout était calme..." Y as-tu pensé, Yiriel? Commencer par le même incipit des textes différents?

Quoi qu'il en soit, on découvre avec ce texte un autre style, un peu moins personnel, un peu moins poétique et peut-être plus faible, mais qui a l'avantage d'être assez crédible dans la retranscription du chaos. Je me croirais presque dans un medal of honor ou un autre de ces jeux de guerre.
L'idée de te placer du point de vue d'un allemand me rappelle les Bienveillantes.
Avec ironie je te dirais: c'est dingue tout ce à quoi peut penser ton narrateur dans un foutoir pareil!
Une chose à abolir, anachronique et un peu ridicule: "le grand schtroumpf à Tombouctou."
Sinon, on attend la suite...

Camille
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 18:33

Le texte est allégorique, c'est pour ça que le narrateur pense à autant de choses ^^
Un nouveau texte allégorique, s'appuyant sur un film désormais bien connu ^^ (ce passage concret du film représentant à merveille un "bouleversement" que j'ai réellement vécu) :

Néo

Après quelques instants d'hésitation, je tournais lentement la poignée de la porte, qui s'ouvrit dans un grincement sinistre. Le parquet craqua de la même manière tandis que je pénétrais dans la pièce tout en la balayant rapidement du regard. Elle était faiblement éclairée mais richement meublée : une immense armoire occupait une bonne partie du mur de droite, de larges fenêtres recouvertes de rideaux verts bouteille recouvraient celui du fond, et le centre était occupée par une table ronde en marbre noir traité qu'entouraient deux sièges en cuir vert au design ovoïde ultra-moderne. La pluie battante frappait régulièrement les carreaux et, conjuguée à la nuit d'un noir de jais, empêchait de voir quoi que ce soit au travers.
Un homme typé afro-américain était confortablement assis sur l'un des fauteuils, les deux coudes posés sur la table et les mains jointes sous son menton, tandis que trois autres individus (deux hommes et une femme) se tenaient debout, adossés contre le mur de gauche. Ces derniers étaient vêtus de longs manteaux en cuir noir, arborant également des gants et des lunettes de la même couleur ; tandis que l'homme assis portait un costume bleu sombre, une rolex dorée et des lunettes d'une facture identique à celles de ses comparses.
« Assieds toi, Tazio. Je t'attendais »
Sa voix au timbre grave avait un ton à la fois puissant et étrangement rassurant.
« V...vous m'attendiez ? Et comment connaissez-vous mon nom ? »
« Je sais beaucoup de choses sur toi. Je sais que tu te poses sans cesse des questions auxquelles tu penses ne jamais pouvoir avoir de réponse, que tu passes des nuits blanches à t'interroger sans jamais le moindre résultat, que toujours les mêmes interrogations, les mêmes faiblesses, les même peurs, les mêmes frustrations occupent ton esprit... »
Je restais un moment sans rien dire, prenant le temps de mesurer tout ce que ses paroles sous-entendaient. Comment ce type pouvait-il savoir toutes ces choses ? Rien qu'à y penser, j'étais pris de vertiges. Après plusieurs secondes de silence, je repris la parole d'une voix hésitante :
« Mais....qui êtes vous ? »
« Je m'appelle Ironik. Et voici Enzo, Helen et Rienzi » dit-il en désignant tour à tour l'homme qui se tenait à sa gauche (un type aussi large que haut avec une barbre de trois jours), la jeune femme (grande, fine, blonde au teint très pâle) et le deuxième homme (lui aussi très grand et bien bâti, au visage d'ange et aux cheveux bruns coiffés en brosse). Tous devaient avoir entre 25 et 30 ans. En revanche, il m'était tout bonnement impossible de donner un âge à mon interlocuteur. Ses traits de visage à la fois solides et bienveillants avaient un air hors du temps.
Je Je me dirigeais lentement vers le fauteuil situé en face de celui d'Ironik, m'y assis, puis laissait filer quelques secondes avant de répondre.
« Et...qu'attendez vous de moi, exactement ? »
Un large sourire fendit le visage d'Ironik, dévoilant une série de dents blanches parfaitement alignées.
« Il s'agirait plutôt de ce que toi tu attends de nous, Tazio. »
Je restais immobile pendant plusieurs secondes, fixant mon interlocuteur, attendant qu'il éclaircisse ses propos dont j'avais de plus en plus de mal à saisir le sens. Le dénommé Enzo émit un ricanement narquois, suivi d'un clin d'œil complice à la direction de ses deux comparses. Ce garçon m'avait paru fort antipathique depuis la seconde même où mon regard s'était arrêté sur lui pour la 1ère fois, et cette impression s'avérait visiblement avoir été la bonne. Voyant que je restais plongé dans la perplexité, Ironik eu un nouveau sourire et reprit la parole.
« Tu te prends pour un cas isolé, unique au monde, mais tu as tort. Nous sommes tous passés par là avant toi. Si je sais si bien ce que tu ressens, c'est parce qu'il n'y a pas si longtemps, j'étais à la place où tu te trouves actuellement, Tazio. Nous avons tous été aveugles comme tu l'es aujourd'hui. » conclut-il tout en désignant ses 3 compagnons d'un bref signe de tête.
Mais de quoi parlait-il exactement ? Je pensais commencer à saisir le sens de ses paroles, mais tout cela me semblait trop absurde pour être vrai. Alors comme ça, ces 4 guignols semblant tout droit sortis d'un film de SF prétendaient avoir jadis eu les mêmes tourments que ceux qui m'habituaient aujourd'hui ? La même incompréhension face au monde? Je secouais brutalement la tête pour tâcher de reprendre mes esprits. Tout cela était proprement ridicule, il ne s'agissait pas là de sujets que l'on abordait avec de parfaits inconnus sur le ton d'une conversation aussi sérieuse...J'allais immédiatement dire à ces types que cette situation était grotesque et y mettre fin sur le champs...
Comme si il lisait dans mes pensées, Ironik eu un petit rire amusé suivi d'un autre de ses fameux sourire, puis il s'adressa de nouveau à moi avant que je n'ai le temps de lui faire part de mes dernières réflexions.
« Crois-tu au destin, Tazio ? »
Pris de court par sa question, je répondis en bafouillant :
« Heu...hé bien...non, pas vraiment... »
Mon interlocuteur sourit de plus belle.
« Et pourquoi ? Parce que tu n'aimes pas l'idée de ne rien pouvoir changer à ton existence, tout comme moi. C'est pour cela que nous sommes réunis ici, ce soir. »
Ce fut cette fois-ci au tour des 3 autres de sourire. J'étais de plus en plus dépassé par la tournure que prenait la conversation.
« Pour cela ? Mais de quoi parlez-vous à la fin ? »
Je me levais brusquement, excédé, et pris la direction de la sortie.
« J'ai assez entendu de conneries comme ça pour la soirée... »
Ironik ne bougea pas d'un pouce et me répondit d'un ton calme et posé, ses mains toujours paisiblement jointes sous son menton.
« Tu n'as pas l'intention de faire ça. »
« Détrompez-vous... »
J'avais atteint la porte et venait de poser ma main sur la poignée.
« Tu n'as pas l'intention de faire ça parce que même si tu te refuses encore à l'admettre, tu veux des réponses. Tu ne peux plus continuer à vivre aveuglément. Et la cause de ton agacement est justement que tu as conscience que je suis capable de te donner ces réponses, mais que ta 1ère réaction face à la perspective d'une révélation a toujours été la peur. Seulement, ce soir tu ne peux plus fuir...tu sais que la clef de tout ce que cherches à savoir se trouve devant toi, et tu sais également quel gâchis se serait de la laisser passer. »
A ma propre stupeur, ma main déserra lentement son emprise sur la poignée et mon bras droit retomba mollement contre mon corps. D'un pas mécanique, je fis demi-tour et vint me rassoir à la place que j'occupais quelques secondes plus tôt. Ironik sourit.
« Très bien. Le plus dur est fait...maintenant, laisse moi t'ouvrir les yeux... »
Il plongea sa main droite dans la poche de sa veste de costume, puis la posa à plat sur la table. Il venait de se saisir d'une paire de petites pilules (l'une bleu, l'autre rouge) qui gisaient désormais au creux de sa paume. Les deux hommes et la jeune femme qui se tenaient toujours debout connurent un brusque regain d'intérêt pour la scène qui se déroulait sous leurs yeux et se penchèrent légèrement autour de la table.
« Héhé, ta même pas idée de ce dans quoi tu t'engages mon gars ! » la voix du dénommé Enzo, à la fois railleuse et enjouée, venait de retentir à ma gauche, achevant de me déstabiliser. Qu'est-ce que c'était que ce cirque ? Pourquoi des pilules ? On cherchait à me droguer ? Quel rapport avec le discours qu'Ironik venait de me dérouler ?
Les autres avaient visiblement parfaitement remarquer mon trouble et semblaient légèrement amusés, non pas comme une bande de sadique mais plutôt comme un groupe de lycéens s'apprêtant à bizuter un nouvel élève.
« Qu...qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ?! » demandais-je d'une voix où se mêlaient l'agitation, la frustration et l'appréhension.
« Choisis la pilule bleu, et tout cela s'arrête : tu te réveilleras dans ton lit, tu ne te souviendras de rien, et tu pourras reprendre ta vie telle que tu la menais avant de venir ici. Choisis la pilule rouge, et tout change... »
Enzo eu un de ces ricanements insupportables pour les nerfs dont il avait visiblement le secret. Je regardais tour à tour les deux pilules. La situation devenait proprement absurde : où avais-je bien pu tomber ? Cette bande de cinglés n'espéraient tout de même pas me faire croire à leur numéro de sorcellerie semblant tout droit sorti d'un mauvais film de série Z ? Malgré ma volonté d'en finir avec cette mascarade, la curiosité me tiraillait : j'étais bien tenté de goûter à l'une de leurs pilules histoire de voir quel numéro ils allaient essayer de me jouer. Quitte à m'être déplacé pour rien, autant ne pas rater l'occasion d'une franche rigolade...Cependant, et si ces trucs étaient nocifs ? Qui sait si ces types n'essayaient pas de me refourguer du LSD afin que je leur serve de cobaye...
La curiosité finit par l'emporter sur la prudence et, un sourire provocateur au visage, je me saisis de la pilule rouge. Alors que je m'apprêtais à l'avaler tout rond, Ironik m'arrêta d'un geste et adressa un signe de tête à Enzo. Aussitôt, celui-ci se dirigea vers le fond de la pièce dans lequel se trouvait un évier que je n'avais jusque là pas aperçu. Il en revint aussitôt avec un grand verre d'eau plate qu'il me tendit d'un air amusé.
« Avale ça en même temps mon frère...et bon voyage au pays des merveilles ! »
Ignorant superbement sa remarque, je mis la pilule dans ma bouche et l'avalais à l'aide d'une grande rasade d'eau. J'attendis quelques instants. Tous me dévisageaient avec curiosité et amusement. J'avais la désagréable sensation d'être une bête de foire. J'attendis encore. Rien ne se passait. Rienzi sourit pour la 1ère fois. Toujours rien. En voilà assez, cette situation n'avait que trop duré...
Je m'apprêtais à me lever pour mettre un terme à cette situation grotesque lorsqu'une sensation étrange me saisit dans le bas du ventre. Une sorte de chatouillement qui se mit à remonter lentement le long de mon épine dorsale. Cette sensation, plutôt agréable au début, devint très rapidement douloureuse, puis totalement insupportable. Je commençais à me tortiller dans tous les sens pour tenter de mettre un terme à cette douleur qui commençait à envahir tout mon corps lorsque je sentis mes membres s'engourdir les uns après les autres. Dans le même temps, une sensation de fraicheur glacial me saisit l'échine, parachevant la séance de torture que j'étais en train de vivre. Ma vue se brouilla et mon entourage ne m'apparut plus qu'à travers une sorte de nuage de fumée opaque, qui me donnait l'impression de contempler la réalité depuis des espaces célestes.
« Y va pas y survivre... »
La voix d'Enzo me paraissait incroyablement lointaine tandis que mes souffrances redoublaient d'intensité. J'avais désormais le sentiment de littéralement geler de l'intérieur, tous mes organes se raidissant tandis que je sentais des pics de glace me perforer la poitrine. Je poussais un hurlement de souffrance et suppliait à plusieurs reprises mon entourage de mettre un terme à cela, mais la douleur continuait à augmenter en intensité, et je perdais peu à peu le contrôle de mon esprit. J'eus la sensation que j'allais faire un arrêt cardiaque et m'époumonais pour que l'on me vienne-t-en aide. La voix d'Ironik parvint alors à mes oreilles, semblant provenir d'un autre monde :
« Il est trop tard...pour reculer.. »
Puis, alors que la douleur venait d'atteindre un seuil critique et que je me sentais sur le point de perdre connaissance, tout disparut. La souffrance s'estompa aussi rapidement qu'elle était venue et l'environnement dans lequel je me trouvais se volatilisa. Tout était subitement devenu noir autour de moi, et je crus d'abord que les lumières de la pièces s'étaient éteintes. Cependant, il ne me fallut que quelques instants pour constater que mes yeux étaient en réalité fermés, et que je pataugeais dans une substance liquide qui devait vraisemblablement être de l'eau. Bien incapable de comprendre comment j'avais pu changer ainsi d'environnement en une fraction de seconde, je commençais à paniquer et m'agitait en tous sens. Mes mains et mes jambes heurtèrent violemment quelque chose de solide. Malgré une inexplicable réticence, je me décidais à entrouvrir les yeux. Ce que j'aperçus vaguement à travers le flou du liquide dans lequel je baignais me stupéfia. Je me trouvais dans une grand bulle en verre, d'environ 2 mètres de diamètre, remplie aux 4/5e d'un liquide rouge pâle. Je respirais grâce à une sorte de masque plaqué sur ma bouche et relié à un tube, lui-même rattaché à je ne sais quoi. Cette fois-ci, je paniquais pour de bons et me mit à me débattre de toutes mes forces pour sortir la tête de cette eau écarlate. La tâche ne fut pas aisée, puisque une série de câbles étaient raccrochés à mon dos et entravaient sérieusement mes mouvements. Cependant, avec l'énergie du désespoir, je parvins enfin à émerger jusqu'aux épaules. Je pus alors voir plus distinctement ce qui se trouvait en dehors de cette bulle. Je manquais faire un arrêt cardiaque : elle était suspendue dans le vide, si haut que je ne pouvais voir le sol, et partout autour de moi des bulles similaires, contenant chacune un être humain recroquevillé à l'intérieur, s'étendaient à l'infini par rangées entières.. Je me mis à hurler et à appeler au-secours, frappant de toutes mes forces sur la paroi en verre qui ne révélait pas le moindre orifice, mais sa solidité s'avéra à toute épreuve. Alors que je commençais à désespérer, un bruit de suçion parvint à mon oreille. Intrigué, je baissais la tête et constatais que le fond de ma bulle s'était ouvert sur quelques centimètres à peine, laissant s'évacuer le liquide rouge. Avant que je n'ai le temps de m'interroger sur les causes de cet événement, une douleur fulgurante me traversa la colonne vertébrale. Une série de claquements secs, accompagnés chaque fois d'une souffrance insupportable dans mon dos, m'indiqua que les câbles qui m'avaient été implantés je ne sais quand ni comment se détachaient les uns après les autres. L'opération dura une dizaine de seconde à peine et, alors que je m'écroulais, terrassé par la souffrance que je venais de subir, sur le sol de la bulle, ce dernier s'ouvrit brusquement sous moi et je tombais aussitôt dans un immense tuyau d'évacuation. Je poussais un nouveau hurlement, puis tout disparut de nouveau, laissant place à un immense flou noir.


Dernière édition par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 18:48, édité 4 fois

Yriel Korraheyn
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Re: Il était 15h29 et tout était calme...

Message par Yriel Korraheyn le Mar 9 Sep - 18:34

Je me sentais désormais tout léger et en excellente forme, comme on l'est habituellement après la disparition d'une crampe, mais je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où je me trouvais, si ce n'est à nouveau dans l'obscurité la plus totale. Je restais ainsi quelques secondes, tous mes sens engourdis, lorsqu'une lumière vive et éclatante surgit de nulle part, m'éblouissant et me forçant à fermer momentanément les yeux. Lorsque je les rouvris, l'apparition lumineuse avait pris la forme d'un immense dragon argenté, comme ceux que l'on voit habituellement dans les légendes chinoises. J'eus tout juste le temps de voir la bête (qui semblait constituée d'un assemblage de plusieurs nuages de fumée) ouvrir sa gueule et foncer dans ma direction, après quoi elle se dissipa brusquement et l'obscurité retomba. Dés lors, une succession d'image vinrent se superposer à mon esprit, les unes après les autres, et ce de façon rapide et ininterrompue. Je vis d'abord un ciel orageux parcouru d'éclairs, puis une marée d'étoiles scintillante, suivie d'une vision d'un océan vert émeraude où nageait, au milieux de ruines antiques, un ban de léviathans. Vint ensuite une vision de ce qui semblait être un autre monde, au sol rouge écarlate, et peuplé de créatures mi-hommes mi-chèvres de la même couleur ; et aussitôt après une vision paradisiaque d'un monde planant au-dessus des nuages, dans lequel mon aimée m'attendait. Je vis des archipels antiques, égarés au milieu d'une mer dépourvue de vagues ; Son visage souriant, semblable à celui d'un ange, au milieu d'une marée de nuages roses bonbons ; des peaux rouges criards poursuivant un étrange animal à crinière bleu azure sur une plaine aride ; un morceau de campagne anglaise perdue dans la brume ; et un diable cornu dansant au clair de lune...
Enfin, je cessais lentement de délirer tandis que ma conscience commençait à s'extirper du sommeil dans lequel j'étais plongé. Mon esprit mit quelques secondes à émerger. Je commençais à retrouver peu à peu l'usage de mes membres et la conscience de moi-même, cependant j'ignorais tout de l'endroit où je pouvais me trouver. Mes paupières battirent plusieurs fois avant que mes yeux ne parvinssent à s'habituer à la lumière aveuglante qui pleuvait sur mon visage. Après quelques instants et en gardant les yeux mi-clos, je pus distinguer plusieurs silhouettes aux contours flous qui semblaient toutes en train de m'observer. Je fus bientôt capable de discerner leurs traits à tous : il s'agissait d'Ironik et de ses 3 compagnons. Tous se tenaient debout autour d'une couchette en cuir blanc sur laquelle j'étais allongé de tout mon long, la lumière provenant d'une grosse lampe brillant d'un blanc éclatant, suspendue au plafond juste au-dessus de ma tête. Ils me dévisageaient tous d'un air amusé, comme si j'étais un nouvel élève que l'on venait de bizuter. Comme aucun d'entre eux ne semblait disposé à prendre la parole pour m'expliquer ce que je faisais ici, pourquoi leur saloperie de pilule m'avait fait l'effet d'un pétard bien chargé, ni pourquoi ils me dévisageaient tous avec ces têtes d'adolescents prépubères, je me redressais brusquement sur ma couchettes, désireux de quitter cet endroit immédiatement, mais une douleur fulgurante embrase aussitôt tout mon corps et je fus contraint de me rallonger. La douleur s'estompa lentement tandis que je jetais à Ironik un regard où se mêlaient le reproche et l'interrogation.
« Bienvenue dans le monde réel. » me dit-il simplement, d'un ton calme et détaché.
Étrangement, cette réplique ne m'étonna même pas. Il est vrai qu'avec ce que je venais de vivre, plus grand chose n'avait le pouvoir de me plonger dans la perplexité...
« J'ai mal aux yeux... » lui répondis-je alors que ma vue ne s'était toujours pas adaptée à la lumière aveuglante qui baignait la pièce.
« C'est parce que tu vois clair pour la 1ère fois. »
Je haussais les sourcils d'un air dubitatif, renonçant à chercher à comprendre cette situation qui dépassait toutes les limites de l'absurde. Mais alors que mon esprit semblait plus embrumé que jamais, je sentis progressivement que quelque chose de nouveau montait en moi. Un nouveau sentiment à l'origine inexplicable était peu à peu en train de me gagner. Petit à petit, le doute dont mon corps tout entier était habité faisait place à une immense et écrasante sensation d'assurance et de plénitude. Je ne pus m'empêcher de décocher un sourire radieux à tous ceux qui m'entouraient, comblé par ce bonheur que je n'avais jusqu'alors jamais ressenti. En quelques secondes à peine, mon corps fut abreuvé par une sensation de puissance et de solidité extrême, et je me sentis capable de me lever. Sans un mot, je me redressais, m'assis sur la couchette, puis m'élevait à la hauteur de mes compagnons. Bizarrement, ils me semblaient plus petits que tout à l'heure. Pour la 1ère fois, ils m'adressèrent tous ensemble un large sourire amical, et Enzo me donna une grande claque dans le dos à laquelle je répondis par une légère accolade. J'étais heureux comme jamais. J'étais guéri !

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